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Max von Sydow en 2012

Max von Sydow, acteur de la traversée du miroir

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L’immense acteur franco-suédois Max von Sydow est mort à l’âge de 90 ans. Interprète fétiche d'Ingmar Bergman, il a eu une carrière d'une exceptionnelle longévité et diversité. De Bergman à Games of Thrones, de Tavernier à Star Wars, von Sydow était un point de passage entre les mondes.

Max von Sydow en 2012
Max von Sydow en 2012 Crédits : Stephane Cardinale - Corbis - Getty

A priori il y a peu de liens entre les films d’Ingmar Bergman et la série Game of Thrones, sauf peut-être celui tendu par une légende du 7e art : Max von Sydow. L’acteur franco-suédois dont la disparition a été annoncée hier, aura été à la fois le chevalier existentiel du Septième Sceau et la corneille à trois yeux des aventures du trône de fer. Ce qui ne souligne pas tant l’éclectisme ni la longévité de sa carrière qu’une caractéristique essentielle : von Sydow était un point de passage entre les mondes. Voilà ma théorie.

Permettre la traversée d’un univers à un autre

À l’heure où la pratique du tombeau en trois lignes est devenu un rite sur les réseaux sociaux, il est frappant de voir que Max von Sydow réunit les louanges extatiques des cinéphiles les plus classiques comme des amateurs de cinéma populaire. De Bergman à Games of Thrones, de Tavernier à Star Wars, de Lars von Trier à James Bond, du Désert des tartares à Conan le Barbare : von Sydow s’impose comme une icône transversale. Et au fond c’est ce qui constitue l’essence de son jeu et de ses rôles. Permettre la traversée d’un univers à un autre.

Prenez ses personnages chez Ingmar Bergman. 

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Max von Sydow ou l’interface qui rend l’âme visible

En 1956, dans Le Septième Sceau, c’est son rôle de chevalier métaphysique qui va révéler von Sydow. Bergman a compris que l’acteur qu’il a vu au théâtre, était capable de faire affleurer sur son visage toute la profondeur des troubles intérieurs d’un homme en proie à des questionnements philosophiques. "Jamais vous ne cessez de questionner ?" dit la Mort au chevalier de retour de croisade, en pleine épidémie de peste. "Non, je n’arrête jamais" répond le chevalier. Il faut le talent de von Sydow pour que la partie d’échecs qu’il engage avec la Mort sur une plage puisse faire sens à l’écran, sans une once de ridicule, devenant même une des plus grandes matrices de l’histoire du cinéma. Il faut l’infinie subtilité de ses expressions pour que le doute insurmontable qui assaille son personnage quant à l’existence de Dieu, puisse constituer un véritable suspense pour les spectateurs. Von Sydow est l’interface qui permet de rendre visible l’âme. C’est assurément ce qui en fait l’acteur de la traversée du miroir. 

Parmi la dizaine de films qu’il fera avec l’immense cinéaste suédois, L’heure du loup est peut-être la plus grande manifestation de la capacité de von Sydow à incarner une clef de passage entre le réel et la psyché, entre la création et la zone grise des angoisses et des cauchemars.

La voie express vers nos hantises

Ce n’est pas un hasard si c’est à lui - qui n’a pas du tout l’âge du rôle - à qui William Friedkin confie le personnage du prêtre dans L’Exorciste en 1973. Max von Sydow est l’acteur du truchement entre les mondes. Il peut rendre crédible et palpable la présence à l’écran des forces obscures du malin. 

Ce n’est pas un hasard non plus si Lars von Trier le choisit comme narrateur pour Europa en 1990. Sa voix accompagne la séance hypnotique d’ouverture, le long des rails d’un train qui fil vers ce continent fantomatique. Von Sydow qui parlait l’anglais, l’allemand, le suédois bien sûr, mais aussi le français, l’italien, l’espagnol, le danois et le norvégien, a dans son grain le souvenir tourmenté d’un idéal européen.

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Acteur du passage et de la traversée il ne pouvait tomber plus juste pour incarner dans Game of Thrones, le personnage vivant "au-delà du Mur", la corneille à trois yeux qui apparaît dans les rêves de ceux et celles qu’il veut contacter.

Songeant enfin à ses rôles dans Shutter Island de Scorsese ou Minority Report de Spielberg, ma conviction était faite. Si le rêve est la voie royale pour accéder à l’inconscient, le visage de Max von Sydow est la voie express vers nos hantises.

par Mathilde Serrell

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