LE DIRECT
Un cow-boy dans le coton (Jul et Achdé, d'après Morris)

Comment la culture prépare son saut dans le futur

3 min
À retrouver dans l'émission

Portée par une nouvelle vague historique de lutte pour l’égalité et l’antiracisme, que peut la culture pour atteindre le « château des futurs » ? Plutôt que se tourner en arrière, elle doit fixer le pont-levis.

Un cow-boy dans le coton (Jul et Achdé, d'après Morris)
Un cow-boy dans le coton (Jul et Achdé, d'après Morris) Crédits : Dargaud

Pour se figurer l’enchaînement de moments historiques que nous traversons, les espoirs de changements de trajectoires qu’ils suscitent, et les craintes qu’ils provoquent, il est toujours utile de s’en remettre au philosophe et critique Walter Benyamin.

En matière de citations et de références se dégage généralement une tendance. Le  confinement était très « Blaise Pascal », mais « l’après » mobilise Walter Benyamin et son célèbre « ange de l’histoire ». Une lecture d’un tableau de Paul Klee (Angelus Novus) qui montre un ange sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. 

Autre image possible, celle proposée par la romancière Margaret Atwood dans la nouvelle revue « Par ici la sortie » éditée par le Seuil. Il s’agit d’un chevalier qui « galope à bride abattue vers un château dont le pont-levis se relève (…) cavalier et monture décrivent alors un saut prodigieux afin de franchir les douves ». Nous voici donc en plein élan, tachant de tout faire pour ne pas se rater !

Je me suis alors posée cette question, portée par nouvelle vague historique de lutte pour l’égalité et l’antiracisme, que peut la culture pour atteindre ce « château des futurs » ? Plutôt que de se retourner en arrière, elle doit fixer le pont-levis. Voilà ma théorie.

En pratique, il se trouve que le nouveau regard sur les œuvres du passé s’accompagne d’une sorte questionnaire à choix multiple resserré sur trois options : retirer, maintenir ou contextualiser. Or, on en oublie au moins une quatrième : les œuvres qui apportent une réponse et une mise à jour ont un rôle à jouer.

Je ne reviendrai pas sur la controverse autour d’ « Autant en emporte le vent » (déjà évoquée ici). Le film réintègre la plateforme HBO Max avec des éclairages historiques, tout en étant déprogrammé du cinéma le Grand Rex à Paris. Encore une fois, le débat réel sur l’impact profond du film et du livre dans la représentation du sud esclavagiste d’avant la guerre de sécession, ne peut se limiter aux options de maintient, de suppression ou de contextualisation. Pourquoi ne pas en profiter pour mettre l’accent sur ce que ce patrimoine a produit en creux, en contre, en réponse. De «Twelve Years a Slave» à « Django Unchained » : c’est de ces mises en perspective que peut naître un nouvel élan.

Prenons maintenant le domaine de la bande-dessinée. Si vous relisez Tintin au Congo vous risquez de vous étouffer tant l’ouvrage reflète l’esprit colonial et raciste des années 20. Mais pourquoi ne pas se concentrer sur la façon dont des œuvres peuvent répondre à ces représentations du passé ? 

C’est le cas d’un nouvel album de Lucky Luke « Un Cow-boy dans le coton » dont la parution en octobre a été annoncée hier. Signé Jul et Achedé, il met en scène un Lucky Luke égaré dans le sud ségrégationniste, se retrouvant malgré lui patron d’une plantation et donc esclavagiste. Il va alors tenter de renverser la situation avec l’aide des Dalton, des cajuns du Bayou et surtout d’un shérif noir qui deviendra son mentor. 

L’air de rien, c’est la première fois dans l’histoire de cette BD patrimoniale franco-belge, que des personnages noirs sont mis en scène autrement que dans des apparitions ou caricatures plus qu’embarrassantes. L’ouvrage qui sera diffusé à des millions d’exemplaires aura lui aussi un impact sur les représentations. Ce Lucky Luke est, comme d’autres nouveaux récits communs, une monture pour sauter dans le futur. 

Par Mathilde Serrell

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......