LE DIRECT
Harvey Weinstein arrivant à son procès le 24 février à New York

Verdict du procès Weinstein : l’ange de l’Histoire en temps réel

3 min
À retrouver dans l'émission

Si l’on produisait encore des allégories d’actualités, comme c’était le cas au XIXème siècle, je verrais bien l’ange de l'Histoire tirant la jeune vérité dénudée des griffes d’un satyre en déambulateur.

Harvey Weinstein arrivant à son procès le 24 février à New York
Harvey Weinstein arrivant à son procès le 24 février à New York Crédits : Spencer Platt - AFP

Harvey Weinstein, ex producteur de cinéma indépendant le plus puissant au monde, a été jugé coupable d’agression sexuelle et de viol par un jury de Manhattan. C’est la première reconnaissance judiciaire de culpabilité dans une affaire dite post « MeToo ». La peine sera fixée le 11 mars, et d'ores et déjà les avocats de Weinstein font appel. Pour autant, ce 24 février 2020 est instantanément entré dans l’histoire c’est ma théorie. 

Présenté comme historique, il est devenu le symbole d’un changement sociétal, mais aussi le révélateur d’un besoin de construire une borne chronologique à partir de laquelle les choses ne seraient définitivement plus comme avant. 

De fait les discours qui entourent l’annonce de ce jugement lui donnent une historicité immédiate. La marque de cette bascule est inscrite dans les mots.

Historicité immédiate

À la sortie du tribunal, le procureur de Manhattan a déclaré que ce verdict « changeait le cours de l’histoire » dans la lutte contre les violences sexuelles. « Le début d’une nouvelle ère de justice » s’ouvrait pour la présidente de Time’s Up, mouvement né dans le sillage de MeToo. L’histoire du féminisme et celle du cinéma se rejoigne donc sur cette date du 24 février puisque c’est du cinéma et des accusations à l’encontre d’Harvey Weinstein qu’est partie la vague MeToo en 2017.

« En confrontant les puissants à la vérité, nous ouvrons la voie à une culture plus juste, libérée du fléau de la violence envers les femmes » a lancé pour sa part l’actrice Annabella Sciorra, une des accusatrices de Weinstein qui a témoigné au procès.

Tout dans la langue raconte ce passage d’une prise de conscience planétaire sur les violences sexuelles et sexistes, à une nouvelle étape du droit. Les pancartes qui se dressent derrière les prises de parole des pionnières de ce mouvement MeToo inscrivent  même par anticipation la notion de « survivantes d’agression sexuelle » 

Et si l’on remonte un peu plutôt dans la journée du 24 février, l’interview de l’actrice Adèle Haenel publiée dans le New York Times, avant que le jugement ne soit rendu, portait déjà la trace de cette mutation. 

Du vocable personnel au champ juridique

La figure d’incarnation du mouvement MeToo en France - ou le « précipité » de ce mouvement comme elle se définit elle-même – avait quitté dans son vocable l’espace de déflagration du témoignage individuel pour investir le champ juridique. 

« La justice doit s’amender pour mieux traiter les femmes victimes de violence sexuelle. A tous les niveaux » a-t-elle déclaré, proposant de prendre en compte l’état de sidération et donc de suspension du consentement dans lequel se trouvent certaines victimes. Accusant le retard d’une France qui aurait raté le coche de MeToo en se focalisant sur « la liberté d’importuner, et sur le prétendu puritanisme des féministes. Alors qu’une agression sexuelle est une agression, pas une pratique libertine » c’est par les mots qu’Adèle Haenel inscrivait un nouveau temps du débat.

Au vrai, il se dégage une tension entre ce langage qui acte le changement historique et ce que la réalité sera capable de produire à long terme sur le plan judiciaire. Le 24 février est de ce point de vue une date qui engage la société mondiale plus qu'elle ne la change. 

Il faudrait bien prendre en compte ce décalage pour que le fameux ange de l'Histoire déploie ses ailes.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Chroniques

8H55
3 min

La Conclusion

Le coronavirus ou la pandémie comme esthétique
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......