LE DIRECT
EL GOUNA FILM FESTIVAL

Quelle place pour l'artiste "engagé" ?

3 min
À retrouver dans l'émission

#LaThéorie |Assurément les polémiques déconfinent, et même – selon l’expression consacrée – elles « enflent » à nouveau. La dernière en date concerne la comédienne et chanteuse Camélia Jordana, et ses propos tenus sur la police.

EL GOUNA FILM FESTIVAL
EL GOUNA FILM FESTIVAL Crédits : Patrick BAZ - - AFP

Sans vouloir ajouter encore au feuilleton, c’est la figure générique de « l’artiste engagé » qui m’intéresse et les modalités de sa prise de parole. Jugée « déconnecté », « convenu » ou à l’inverse « scandaleux », et le plus souvent « illégitime » : le discours de l’artiste dans le débat public est coincé entre différents procès. Au point que l’artiste ne semble là que pour divertir ou pour prêcher une bonne parole toute théorique. Pourtant, il ou elle a aussi un rôle de ferrailleur. Voilà ma théorie.

En l’occurrence Camellia Jordana « ferraille ». Elle provoque même en duel médiatique - et sur le plateau de son choix - le ministre de l’intérieur Christophe Castaner qui l’a accusé de proférer des « propos mensongers et honteux ». Lorsqu’elle évoque à la télévision « des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer (par la police) pour nulle autre raison que leur couleur de peau » Camélia Jordana est excessive et contestable plus que factuelle. Mais faut-il pour autant qu’un ministre la rappelle à l’ordre ? Voire que l’on envisage un temps de la poursuivre en justice ? Pour mémoire, Georges Brassens chantait toute de même gaiement qu’il préférait ces messieurs de la maréchaussée « en Maccabées »…  

Les propos qui engagent Camélia Jordana traduisent néanmoins un malaise sans cesse relayé devant l’impunité de violences policières ou de comportements arbitrairement violents émanant de la police, ce qui la conduit ensuite à cette appréciation : « comme des milliers de personnes / je ne me sens pas en sécurité devant  la police ». Provoquant des torrents atrabilaires mais aussi des cascade de témoignages.

Pour ou contre, soutien ou pourfendeur, là n’est pas la question mais plutôt de savoir si l’on accorde encore cette place urticante à « l’artiste engagé » dès lors qu’il sort des opérations solidaires et des tribunes collectives. Même quand il ou elle s’en tient là - comme lorsque Josiane Balasko ou Patrick Bruel signent un tribune contre les violences policières en 2017 -  il ou elle est accusé d’ignorer les réalités du terrain et de parler depuis ses beaux quartiers. De toute façon, l’artiste n’est le plus souvent pas considéré comme légitime pour donner son avis. 

Dans le cadre de ses créations, en revanche c’est autre chose. A ce sujet, le dernier album de Camélia Jordana « Lost » est raccord avec son discours. La chanson Freddie Gray rend notamment hommage à un jeune Afro-Américain victime de mort violente lors d'une arrestation, ce qui déclenchera des émeutes à Baltimore. 

Mais dans l’arène publique, l’artiste engagé ne peut pas descendre sans se faire dévorer. Pourtant c’est ce combat dans l’arène qui peut lui apporter aussi la légitimité nécessaire pour dépasser cette contradiction qui le renvoie à son monde et ses privilèges. C’est pour cela que je parlais plus haut de l’importance des artistes « ferrailleurs » et non sans une pensée pour un certain Michel Piccoli.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Chroniques

8H55
5 min

Radiographies du coronavirus, la chronique

Hydroxychloroquine, acte 4 scène 28
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......