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Charles de Gaulle, incarnation d'un homme impossible à incarner ?

De Gaulle l’anti biopic ?

3 min
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Véritable paradoxe de l’incarnation, dans l’imaginaire français, sa stature et sa position face à l’Histoire, font de lui l’archétype du chef de la nation républicaine. Et dans le même temps, cette incarnation symbolique le rend très difficile à représenter sur les écrans.

Charles de Gaulle, incarnation d'un homme impossible à incarner ?
Charles de Gaulle, incarnation d'un homme impossible à incarner ? Crédits : AFP

Alors que seront célébrés cette année le 50ème anniversaire de sa disparition et les 80 ans de l’appel du 18 juin, de Gaulle va néanmoins être interprété dans un biopic et une mini-série. Or de Gaulle c’est l’anti-biopic. Voilà ma théorie.

Pour expliquer la « quasi absence » du géant de Colombey-les-Deux-Eglises au cinéma, alors que Winston Churchill a déjà été joué plus d’une soixantaine de fois, beaucoup d’hypothèses ont été avancées.

En outre, le de Gaulle politique aurait longtemps été à la fois trop sanctifié et trop polémique. René Clément, réalisateur de Paris brûle-t-il, déclarait ainsi « pouvoir représenter le diable mais pas le Bon Dieu ». Il avait donc choisi dans son film de le faire exister à travers des images d’archives alors qu’Hitler était incarné par l’acteur Billy Frick. Pour toute une génération du cinéma français, marqué par mai 68, De Gaulle constituait, à l’inverse, un personnage repoussoir. S’il était l’homme qui a dit « non », refusant de laisser la France aux défaitistes et aux nazis, organisant la résistance depuis Londres, il était aussi l’homme qui avait fustigé « la chienlit» et l’homme de ce qu’on appelait encore « les événements d’Algérie ».

Désormais si de Gaulle résiste encore à la fiction, c’est davantage par l’amplitude et la complexité de son parcours difficilement solubles dans les schémas classiques du « rise and fall ». C’est-à-dire l’ascension et la chute propres aux narrations du genre biopic, dont Hollywood s’est fait une spécialité. 

La difficulté tient aussi au référent imaginaire du public qui est marqué par une sorte de caricature de Gaulle. Sa taille immense, sa posture, son visage, sa voix, son phrasé, sont tellement identifiés et présents dans les esprits, que tout acteur se risque à tomber dans les affres d’une imitation calamiteuse. 

Cela n’a pas empêché certains de s’y essayer comme Bernard Farcy, avec succès, dans « Le Grand Charles » en 2005 sur France 2 et bientôt dans un documentaire de Jean-Pierre Cottet. Aujourd’hui c’est Lambert Wilson qui tente sa chance dans le « De Gaulle » de Gabriel Le Bomin.

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Eviter l’imitation caricaturale avec un jeu sobre, résoudre la contrainte scénaristique en se concentrant sur les 5 semaines qui précèdent l’Appel du 18 juin 1940, dépasser la sanctification en redonnant au général de la chaire : tout a été tenté pour faire rentrer de Gaulle dans le format du biopic.

Mais c’est la tyrannie de l’intime qui l’emporte. À vouloir trop sur-miser le combat personnel de Charles et de sa famille en exode, en parallèle de ses démarches à Londres auprès de Churchill, la profondeur du de Gaulle politique disparaît. Reste un général qui caresse les blés comme il caresse sa femme et quelques répliques décisives qui tombent à plat, comme délestées du poids de l’Histoire.

De Gaulle reste encore un personnage fondamentalement « antibiopic », jusqu’à preuve du contraire !

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