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Extrait de l'affiche de la réédition de "Parasite" en noir et blanc

Pourquoi revoir "Parasite" en noir et blanc ?

4 min
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La "décoloration" du film de Bong Joon-ho est-elle une coquetterie ? Un correctif ? Un avatar commercial ? Ma théorie c’est que ce "Parasite" en noir et blanc sera tout sauf ce qu'on peut lui prêter.

Extrait de l'affiche de la réédition de "Parasite" en noir et blanc
Extrait de l'affiche de la réédition de "Parasite" en noir et blanc Crédits : The Jokers Distribution

« Parasite » se nourrit-il de lui-même ? Après son triomphe aux Oscars le film ressort en salles notamment aux États-Unis et s’apprête à y entrer dans le top 5 des plus gros succès en langue étrangère. En France, la Palme d’Or la plus vue depuis 15 ans, devrait aussi s’attirer de nouveaux spectateurs. Ou bien encore des spectateurs curieux de la voir une nouvelle fois après son incroyable trajectoire. Parallèlement il se trouve que le thriller-social-gore du sud-coréen Bong Joon-ho se représente également sur les écrans en noir et blanc. Dès lors une question se pose : qu’est-ce que cette nouvelle expérience de visionnage va apporter, notamment par rapport au simple de fait de revoir le film ? Ma théorie c’est que ce « Parasite » en noir et blanc sera tout sauf ce qu'on peut lui prêter.

Une nouvelle version qui n'est pas celle que l'on croit

Je m’explique. D’abord Bong Joon-ho ne propose pas ici la version idéale du film qu’il aurait voulu faire. Et en cela cette nouvelle mouture diverge de la tradition dite des « director’s final cut ». Que l’on pourrait traduire par « la version où le réalisateur a eu le dernier mot » – comme quoi et si l’on en doutait - ce n’est pas toujours le cas au pays des grands studios. 

Par exemple George Miller, réalisateur du multi-récompensé Mad Max Fury Road, en a présenté une version en noir et blanc, dite « Black & Chrome » dans le cadre d’une sortie DVD. Celle-ci correspondait à une vision plus proche de son intention originelle. Car si Mad Max Fury Road avait été pensé en noir et blanc, George Miller n’avait pas pu mener ce projet à terme pour des raisons commerciales. Dans ce cas oui, la version en noir et blanc est un correctif.

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Tout comme le Apocalypse Now : final cut de Francis Ford Coppola, sorti l’année dernière, était la troisième version du film en 40 ans et se présentait comme « le film tel qu’il l’avait toujours rêvé ». 

Qu’il s’agisse de chromatique ou de montage, ce sont dans les deux cas, une manière de présenter aux spectateurs une sorte de film « vérité » par rapport à une première version plus dévoyée par les contingences. Parasite en « noir et blanc » ne fonctionne absolument pas sur ce registre. 

Féru des classiques de Renoir, Fellini, Kurosawa, John Ford ou Clouzot, le réalisateur Bong Joon-ho a toujours eu le désir de créer un film en noir et blanc avec son directeur de la photographie. Mais interpréter cette nouvelle version de "Parasite" comme un pur fantasme formel relève encore de la fausse piste. 

Une autre lecture du film de Bong Joon-ho

Ce désir de noir et blanc, Bong Joon-ho aurait pu le concrétiser avec un autre film (surtout que les projets se font plus facilement après avoir récolté autant de statuettes!). Opérer sur un film préexistant cette « décoloration » si j’ose dire - puisque l’on parle aussi de « colorisation » - n'est pas un caprice ni une coquetterie, c’est faire l'expérience d'une nouvelle lecture. Bien sûr un nouveau visionnage apporte aussi son lot de révélations, mais ici le noir et blanc va d’abord donner le sentiment d’un conte intemporel, avant de renforcer les fondamentaux du film. 

Comme le dit Bong Joon-ho, cette version lui a semblé à la fois plus réaliste et plus tranchante, « c’est comme si j’avais été coupé par une lame » résume-t-il.  Dans « Parasite » en noir et blanc la tragédie de cette lutte des classes prend le dessus sur la comédie, les visages deviennent effrayants, le clair-obscur empoisonne l’atmosphère et les cadrages apparaissent d’autant plus cruels.

Le noir et blanc agit comme un bain révélateur pour les spectateurs comme pour Bong Joon-ho lui-même. Beaucoup plus proche d’une démarche comme celle de Christopher Nolan qui avait proposé une version inversée du montage de « Memento ». Ou encore de Park Chan-wook qui a sorti deux versions simultanées de « Lady Vengeance » l’une en couleur, l’autre qui se décolorait au fil du film, jusqu’au final en noir et blanc.

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On pourra enfin imaginer plus prosaïquement que ce noir et blanc est l’un des nouveaux dérivatifs d’une œuvre qui n’en finit plus de se décliner, bientôt en VF, bientôt en série, et pourquoi pas en dessin animé ? Allez savoir. Après tout qu’importe, « Parasite » se greffe sur lui-même. Quoi de plus logique ?

par Mathilde Serrell

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