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Seuls quelques artistes comme Angèle peuvent vivre des écoutes en ligne

Fête et défaites du stream

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Le secteur de la musique enregistre une forte croissance, cette avance rapide est principalement due à la percée du marché des plateformes qui concentre 59% des ventes. Le problème c’est que les artistes, eux, ne peuvent pas vivre du streaming.

Seuls quelques artistes comme Angèle peuvent vivre des écoutes en ligne
Seuls quelques artistes comme Angèle peuvent vivre des écoutes en ligne Crédits : Xavier LEOTY - AFP

Selon l’expression désormais consacrée : c’est la fête du stream ! Les chiffres du syndicat national de l’édition phonographique sont tombés hier, et ils révèlent un marché français regonflé à bloc par les écoutes en ligne. Le secteur de la musique enregistre 5,4% de croissance sur l’année 2019, c’est plus du double de l’année précédente. Cette avance rapide est principalement due à la percée du marché des plateformes qui concentre 59% des ventes. Le problème c’est que les artistes, eux, ne peuvent pas vivre du streaming.

Le stream à la vitesse du son

Dans les colonnes du Monde, le président du SNEP et PDG d’Universal Music France annonce que le taux de pénétration de l’écoute en ligne pourra bientôt être multiplié par deux, la seule question étant de savoir à quelle vitesse. Mais il en existe une autre : la situation est-elle tenable pour les créateurs de contenus, bref les artistes eux même ? 

Ma théorie, c’est qu’un équilibre qui n’en est pas un est voué à se rompre, reste à savoir de quel côté !

Pour vous donner un ordre de grandeur, il faut être "streamé" 1500 fois pour obtenir les gains équivalents à un seul album physique vendu. Comme le relevait une enquête parue dans Le Journal du Dimanche intitulée "Chanteurs au SMIC", seules les écoutes frénétiques permettent de s’en sortir. Ce qui, aujourd’hui, ne va concerner que quelques artistes : Angèle, Aya Nakamura, Johnny Hallyday (post mortem) et toute une clique de stars du rap : PNL, Nekfeu, Ninho et consorts. 

C’est le reflet d’un usage générationnel du streaming, les écoutes compulsives constituent l’apanage des moins de 25 ans. La pratique se généralisant, et le public grandissant, il pourrait y avoir plus de diversité musicale chez les grands gagnants du streaming. Mais ce ne sont que des projections.

Pour l’heure, si vous voulez soutenir un ou une artiste situé(e) en dehors de ces "têtes de playlists", mieux vaut peut-être engager une armée prête à cliquer indéfiniment sur ses titres en ligne (pour Hervé Gardette en ce moment c’est la française Pomme, pour moi c’est le suisse Lewis OfMan).

La face cachée du stream

Ce déséquilibre entre ceux et celles qui peuvent ou ne peuvent pas vivre de leur musique a toujours existé, il en va de même du différentiel entre les tubes et les chansons plus confidentielles. Seulement, la machine s’est emballée, les lois streaming ont emporté le marché vers le plus unitaire et le plus instantané. Et ce, dans un contexte de rémunération extrêmement faible des écoutes en ligne. 

Bien sûr, les artistes dont la présence sur les plateformes est de l’ordre de la figuration (y compris des stars comme Patti Smith) peuvent toujours compléter leurs revenus avec des concerts, des livres, des performances privées, ou bien encore - le Graal - être choisi pour la musique d'un spot de pub. Mais est-il juste de les contraindre autant à se transformer en auto-entrepreneurs multitâches ? 

Aux Etats-Unis, le conseil américain de redevance des droits d’auteur estime qu’il faudrait augmenter la rémunération des créateurs par les plateformes de streaming de 44% d’ici 2022 ! C’est dire l’écart qui s’est installé. 

Soit les consommateurs accepteront de payer plus - au risque de relancer le piratage - soit les artistes feront sécession à force de voir sous-rémunéré leur travail. Quoi qu’il en soit, les plateformes ne pourront pas vivre les même excès que les maisons de disques sans s'exposer au même retour de bâton. Gare aux défaites du stream !

par Mathilde Serrell

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