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Emmanuel Kasarherou, lors de l'exposition "Kanak, l'art est une parole",  au musée du Quai Branly à Paris en 2013

Emmanuel Kasarhérou, ambassadeur du futur des musées

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Tout juste nommé à la présidence du Musée du quai Branly, Emmanuel Kasarhérou ouvre une brèche qui pourrait redéfinir les musées dans le futur, tant sur les questions de la restitution des œuvres, du rapport à l’objet, et de la création de nouveaux échanges.

Emmanuel Kasarherou, lors de l'exposition "Kanak, l'art est une parole",  au musée du Quai Branly à Paris en 2013
Emmanuel Kasarherou, lors de l'exposition "Kanak, l'art est une parole", au musée du Quai Branly à Paris en 2013 Crédits : Martin BUREAU - AFP

« Le monde d’après » est arrivé plus vite que prévu. Dans un domaine en particulier, le cours de l’histoire a fait hier un bon frémissant. En apparence, c’est ce qu’on appelle une première : l’annonce hier, par Le Monde, de l’imminente nomination du kanak Emmanuel Kasarhérou à la présidence du Musée du quai Branly. « Aucun Kanak n’avait jusqu’alors pris la responsabilité d’un musée métropolitain » comme le précise le journal.

Une nomination ouvrant une nouvelle ère ? 

L’information devrait être confirmée aujourd’hui à l’issue du conseil des ministres. Et le symbole est fort en effet. Mais ce n’est pas seulement un symbole. L’approche d’Emmanuel Kasarhérou ouvre une nouvelle voie dans l’histoire des musées qui sont aujourd’hui en pleine redéfinition de leurs missions. Sur la question de la restitution des œuvres, mais aussi beaucoup plus largement sur le rapport aux objets, cette nomination pourrait nous faire changer d’ère. Voilà ma théorie.

Qu’est-ce qu’un masque dans un musée ? Présenté pour son esthétique mais déconnecté de sa fonction, de ses rituels, des relations dans lesquelles il s’inscrit, son pouvoir est en quelque sorte éteint derrière la vitre. Pour repenser la place des œuvres dans le musée, il faudrait considérer que leur exposition n’est qu’une partie émergée de l’iceberg. Emmanuel Kasarhérou se situe précisément dans cette voie. 

Connu notamment pour avoir fait du Centre culturel Tjibaou en Nouvelle-Calédonie une remarquable institution d’avant-garde — dans le cadre extraordinaire conçu par l’architecte Renzo Piano (à qui l’on doit déjà le Centre Pompidou)— Emmanuel Kasarhérou a aussi mené une aventure muséographique exceptionnelle : celle de l’inventaire raisonné du patrimoine kanak dispersé. II a ainsi permis d’inventorier tous les objets kanaks présents dans les musées européens et les collections privées. Pièce après pièce, fiche après fiche, toute une histoire manquante s’est reconstituée. 

Dépasser la notion de restitution et créer de nouveaux échanges : la philosophie des musées de demain ? 

Ce projet voulu à l’origine par Jean-Marie Tjibaou, fondateur du front de libération nationale kanak et socialiste, assassiné en 1989, s’accompagne d’un concept : « les objets ambassadeurs ». Il permet de mettre en avant la relation entre les hommes dont témoignent les objets. 

Ainsi, les œuvres peuvent revenir à leur source puis repartir, où rester physiquement à un endroit et exister virtuellement à un autre, tant que cette présence volontaire peut raconter une histoire. Tant que les objets ne sont pas des propriétés exhibées, mais des messagers, des ambassadeurs qui créent des liens. 

C’est cette pensée qu’Emmanuel Kasarhérou a développée, elle permet de dépasser la notion de restitution entendue seulement comme réparation ou comme rapatriement, pour concevoir de nouvelles formes d’échanges. Cela permet de mettre en place un double regard sur les œuvres, qui enchâsse les points de vue esthétiques comme les trajectoires humaines. 

Et cette vision des œuvres peut, au-delà des questions de restitution, permettre d’envisager autrement les pièces des musées ; dès lors qu’on s’intéresse aux relations humaines dont elles témoignent et qu’elles peuvent créer, bien plus qu’à leur exposition physique. Ce qui n’est potentiellement qu’une nomination sera peut-être un grand pas pour l’histoire du musée.

par Mathilde Serrell 

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