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La bande-dessinée a-t-elle enfin accédé au statut d'art à part entière ? - Musée de la Bande Dessinée à Angoulême

2020, année de la BD... précaire ?

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Paradoxalement, la reconnaissance institutionnelle du 9e art et de ses grands auteurs s’est accompagnée d’un affaiblissement économique du secteur, et de la dégradation de l’accès des artistes-auteurs aux droits sociaux. Comment la BD a-t-elle pu devenir à la fois plus légitime et plus précaire ?

La bande-dessinée a-t-elle enfin accédé au statut d'art à part entière ? - Musée de la Bande Dessinée à Angoulême
La bande-dessinée a-t-elle enfin accédé au statut d'art à part entière ? - Musée de la Bande Dessinée à Angoulême Crédits : Yohan BONNET - AFP

Le Grand Prix du festival de bande dessinée d’Angoulême sera annoncé aujourd’hui, mais d'ores et déjà la vraie star du festival est un ouvrage de 141 pages sans le moindre dessin : le rapport Racine.

Et ma théorie c’est qu’il vient corriger un hiatus, la reconnaissance du 9e art et de ses grands auteurs s’est accompagnée d’un affaiblissement du secteur. Pourquoi ? Et Comment ? Avant de rentrer dans les explications il faut d’abord préciser ce qu’est ce fameux rapport Racine.

Un rapport attendu

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il était attendu. L’auteur de BD Jul le qualifiait jusqu’ici de Marsupilami, cet animal fabuleux dont on sait qu’on finira pas le voir, mais jamais quand… Maintenant qu’il est là, la dessinatrice Marion Montaigne, auteure notamment de la célèbre bande dessinée Dans la combi de Thomas Pesquet s’est adressée directement au ministre de la Culture en ces termes : "Nous avons hâte vous voir à Angoulême, mais si vous avez oublié le rapport, s’il vous plaît épargnez le budget de l’État, restez chez vous ! "

Commandé par l’État et tout juste remis par l’ancien président du Centre Pompidou et de la Bibliothèque nationale de France, Bruno Racine, le dit rapport sur "l’auteur et l’acte de création" est donc à la fois la star et le démineur du festival d’Angoulême. Il prend acte de la dégradation de situation économique et sociale des artistes-auteurs, et propose une série de 26 recommandations. Sans lui, la grande fête du 9e art en cette année de la bande dessinée aurait pu vite tourner court. Car si le rapport s’attache à répondre aux difficultés rencontrées par l’ensemble des artistes-auteurs, il permet provisoirement de corriger ce hiatus dans lequel les auteurs et les autrices de bande-dessinée se trouvaient enfermés. 

Le paradoxe d'une BD reconnue mais précaire

À savoir que jamais les créations n’ont été aussi variées et les ventes si florissantes dans le secteur, jamais la bande dessinée n’a été à ce point honorée et reconnue institutionnellement, et jamais les auteurs n’ont été aussi pauvres - dans leur grande majorité.

Quelques chiffres : d’un côté 276,2 millions d'euros et près de 44 millions d'albums vendus en 2018. De l’autre, 53% des auteurs de BD vivent avec moins que le Smic, plus d'un tiers vivent sous le seuil de pauvreté. Sans compter la dégradation de l’accès des auteurs aux droits sociaux. En rééquilibrant les négociations entre créateurs et acteurs de l’aval (éditeurs, producteurs, diffuseurs etc.), en pointant le fait que les artistes-auteurs ne sont pas rémunérés pour leur travail créatif mais uniquement sur l’exploitation de leurs œuvres, en ouvrant le statut des auteurs à davantage de revenus accessoires : le rapport pourrait permettre en effet de sortir du paradoxe de ce que certains appellent "la bande décimée".

Car il est intéressant de voir qu’à mesure que la BD accédait à un véritable statut littéraire et artistique, on en oubliait sa qualité besogneuse. Le sociologue français Pierre-Michel Menger, reprenant la belle formule de René Char, parle ainsi de la bande dessinée comme d’un "artisanat furieux". Et pour cause, aussi libre et inspiré soit-il, c’est un labeur d’enlumineur, attendu comme tel, et pour lequel on délivre des formations. Comme le rappelle le scénariste Benoît Peeters c’est également un métier de commandes, notamment dans le cadre de séries en différents volumes. Or tout se passe comme si la BD, avait en quelque sorte perdu ces caractéristiques. Ne reste que la proposition créative et sa capacité à générer une valeur d’échange. Le tout sans avoir, comme dans d’autres professions artisanales et créatives, de cadre type intermittence du spectacle.

La reconnaissance en tant qu’art doit-elle aller de pair avec la précarité ? L’équation ne pouvait-être ainsi posée.

par Mathilde Serrell

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