LE DIRECT
Depuis le début du confinement, la télévision fait peau neuve. Tout le contraire de ces tubes cathodiques.

Le confinement servira-t-il de laboratoire à la télévision de demain ?

3 min
À retrouver dans l'émission

La télévision s'est adaptée au confinement proposant une grande variété de programmes culturels et éducatifs. Résultat : les audiences à la hausse redonnent de l'espoir à un média déclinant. Mathilde Serrell pose la question : et si la télévision profitait de cette crise pour se réinventer ?

Depuis le début du confinement, la télévision fait peau neuve. Tout le contraire de ces tubes cathodiques.
Depuis le début du confinement, la télévision fait peau neuve. Tout le contraire de ces tubes cathodiques. Crédits : Jakkapan Jabjainai - Getty

Il y a quelques semaines, alors que la crise sanitaire commençait tout juste à atteindre les industries culturelles, je m’étais amusée à appliquer les logiques complotistes à une hypothèse : le coronavirus était un coup de Netflix.

Une façon de tester le vertige de ce genre de raisonnement, mais aussi d’évoquer tout l’avantage que tirerait, en cette période, la plateforme de vidéos à la demande. Le phénomène était prévisible et, aujourd’hui, les chiffres se précisent.

En bourse, le titre Netflix "est proche de son record alors que tout le marché baisse" rapporte le journal Le Monde. Et le téléchargement de l’application a doublé à la surface du globe : 8,3 millions de fois la semaine du 23 mars contre 4,7 millions en moyenne. En France, d’une manière générale, le public des contenus en streaming (films, documentaires ou séries) a doublé.

Seulement, là où l’on pouvait imaginer, en ces temps confinés, une sorte de rupture générationnelle des pratiques de visionnage - en gros les jeunes devant Netflix, les vieux devant la télé - les choses se sont déroulées de manière bien moins caricaturale. Ma théorie, c’est que la télévision peut trouver dans cette bouleversante parenthèse l’occasion de se réinventer. Redéfinir son rôle et son espace, voire en finir avec certains tabous. À commencer par la culture. 

Puisque nous étions dans les chiffres, ceux du dinosaure cathodique se portent très bien. Une augmentation historique, prévisible elle aussi, porte le temps passé devant le poste à 5h10 par jour, contre un peu plus de 4h en moyenne le reste de l’année. Mais surtout la durée d’écoute du jeune public est passée d’environ d’1h à 1h30. Évidemment que le bon vieil écran familial prenne plus de place et se mette à jouer les baby-sitters, cela devait arriver en temps de confinement.

Mais ce qui est intéressant, ce n’est pas tant que l’enfermement ait renvoyé le public devant sa télé. C’est ce qu’il a pu y voir. Dans l’offre réaménagée de cette télévision "de crise" se dessine en filigrane le rôle qu’elle pourrait tenir. Surtout les chaînes publiques.

Les pièces de théâtre, notamment celles de la Comédie française, ont débarqué en prime time, les programmes d’éducation se sont installés, les films patrimoniaux ont rassemblé, les journaux d’information se sont largement imposés, et enfin le nombre d’épisodes de feuilleton a dû être rationné. Mesures de circonstance entre adaptations et contraintes, mais mesures d’avenir. Voilà ce que pourrait proposer la télé demain pour trouver sa place parmi les autres écrans.

Au milieu des années 1980, Niel Postman, critique culturel américain et théoricien des médias, écrivait déjà cette phrase dans son essai sur la télévision Se distraire à en mourir  : "Le problème n'est pas que la télévision nous offre des divertissements, mais que tous les sujets soient traités sous forme de divertissement". C’est exactement l’inverse qui s’est produit ces dernières semaines, avec un retour aux contenus-sources.

L’épidémie aura peut-être cet effet paradoxal : une dé-zombification des masses.

par Mathilde Serrell

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......