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Buffet dans une librairie lors de la sortie du sixième tome de la saga Harry Potter (2005)

Solidarité entre les auteurs : Victor Hugo avait encore raison !

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#LaThéorie |De quelle façon les grands succès ou les grands classiques peuvent-ils soutenir indirectement les autres livres ?

Buffet dans une librairie lors de la sortie du sixième tome de la saga Harry Potter (2005)
Buffet dans une librairie lors de la sortie du sixième tome de la saga Harry Potter (2005) Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Dans le monde du livre, la saga Harry Potter fait partie de ces titres qui ont un pouvoir de ruissellement. Avec 500 millions d'ouvrages vendus pour les 7 tomes de la saga, dont 33 millions en France chez Gallimard Jeunesse, les aventures du jeune sorcier donnent une certaine assise qui permet de nourrir d’autres projets littéraires.

D’autant que cette série, bien que clôturée par son autrice, J.K Rowling, continue inlassablement de rencontrer de nouveaux lecteurs. Dépassant le stade de phénomène pour devenir un indispensable classique. Mais dans quelles proportions et de quelle façon les grands succès ou les grands classiques en général peuvent-ils soutenir indirectement les autres livres ? 

Il existe bien sûr une sorte de ruissellement ou du moins de balance naturelle, qui permet aux maisons d’édition de pouvoir compter sur ces gains pour prendre des risques ou proposer des contrats plus rémunérateurs à leurs auteurs. Mais cela repose sur les éditeurs. Or cette solidarité indirecte entre les plumes pourrait s’organiser autrement et plus concrètement. Voilà ma théorie.

En détaillant les contours d’une possible « intermittence des arts et des lettres », un collectif d’auteurs indépendants a mis en avant une excellente idée, que l’on doit, et ce ne sera pas la seule, à Victor Hugo. En cherchant des modalités de financement de ce régime d’intermittence, une piste évoquée par l’auteur des Misérables a ressurgi. « Le fonds qu’il serait nécessaire de créer pour financer ce régime pourrait être abondé par une taxe perçue sur la vente des œuvres tombées dans le domaine public, soixante-dix ans après la mort de leur auteur » propose le collectif. Victor Hugo avait en effet imaginé ce principe de solidarité où les ventes des Corneille et des Racine auraient pu soutenir les auteurs contemporains de son époque. Souvent reprise, mais jamais encore appliquée, l’idée de cette taxe permettrait de dépasser une forme de concurrence entre littérature du présent et littérature classique dans les librairies, et les arbitrages des lecteurs, puisque l’une serait portée par l’autre. 

Je ne détaillerai pas ici l’ensemble des dispositions avancées par ce collectif d’auteurs et d’artistes dans cette tribune rédigée par l’écrivain Emmanuel Ruben et co-signée entre autres par Alice Zeniter, Alexis Jenni, Hélène Gaudy ou encore Olivier Guez, vous la trouverez en ligne sur le site de Libération. Mais pourquoi ne pas pousser encore cette solidarité littéraire à travers les siècles, en l’étendant également aux grands succès actuels ?

En effet, si au préalable il convient de « rassembler et réorienter les fonds consacrés à l’aide aux artistes-auteurs », on pourrait imaginer à l’avenir un modèle inspiré du cinéma. En France une taxe sur les tickets d’entrées des films finance le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, le CNC. Il distribue à son tour, toute une série d’aides. Ainsi les blockbusters -disons- contribuent à stimuler et accompagner la création d’autres films. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans le monde du livre avec les best-sellers ?  

Avouez que certains auraient la dent moins dure sur Guillaume Musso, s’ils songeaient qu’il contribue au financement de leurs indemnisations ou de leurs projets ?

Dans un secteur sinistré, ce genre de réorganisation n'est peut-être pas prioritaire pour les éditeurs, et rien ne se fera d’un coup de baguette magique, mais au fond, ce n’est pas si sorcier. 

Par Mathilde Serrell

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