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Autant en emporte le vent

"Autant en emporte le vent" de la controverse au défouloir

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#LaThéorie |Il fut un temps, très éphémère semble-t-il, où le « monde d’après » était censé ralentir, voilà qu’au contraire il se réveille en surchauffe.

Autant en emporte le vent
Autant en emporte le vent Crédits : A - Getty

Ainsi, à travers moult réactions, tribunes et analyses, une polémique sur « Autant en emporte le vent » se lève, dans l’élan fédérateur du mouvement « black lives matter ». Comme souvent, dans l’incandescence des luttes, la culture est appelée à la barre. Sommée, notamment de répondre aux exigences d’un débat social.

Pourtant, on ne découvre rien, tant la polémique est aussi ancienne que le film. Adapté du roman de Margaret Mitchell, dont une nouvelle traduction vient de paraître chez Gallmeister, « Gone with the Wind » suscite en effet la controverse depuis sa sortie en 1939. Un critique du Chicago Defender l’accusait alors d'être une "arme de terreur contre l'Amérique noire", et même son producteur, David O. Selznick, craignait, cette même année 1939, qu’il ne serve «d’apologie non intentionnelle à des sociétés intolérantes, en ces temps gangrenés par le fascisme»

Depuis, « Autant en emporte le vent » est devenu le plus grand succès de l’histoire du cinéma américain : une sorte de monument. Et autour de lui, continue de se jouer une douloureuse bataille mémorielle, dont le film n’est que le punching-ball. Voilà ma théorie.

Utilisé comme instrument de propagande d’un révisionnisme sudiste par les uns, « Autant en emporte le vent » est un symbole insupportable du racisme et de l’atténuation des horreurs de l’esclavage, pour les autres. Mardi soir, le film a été sorti temporairement de la nouvelle plateforme HBO Max. Et ce, suite à la tribune du scénariste du film « 12 Years a Slave », John Ridley. 

Pourquoi sa demande s’adressait-elle seulement HBO Max? « Autant en emporte le vent » est disponible ailleurs notamment sur Amazon et ITunes où il s’est hissé en tête des ventes dans la foulée. Et fond, pourquoi John Ridley se focalise-t-il sur le film et pas le livre ? La romancière et Prix Nobel Toni Morrison avait bien témoigné de « la douleur, l'humiliation et la colère » qu'elle ressentait en pensant à ce "classique" de la littérature américaine.

HBO Max précise que ce retrait du film est temporaire avant une mise en ligne « contextualisée » puisqu’en l’état (je cite son porte-parole) il serait « irresponsable de le maintenir sans explication et dénonciation ». A quel type d’avertissement et de mise en garde faut-il s’attendre ? « Ce film présente une lecture orientée de l’Histoire et s’appuie sur des préjugés racistes » ou « attention ce film est raciste et pourrait vous conduire à l’être » ? Faudra-t-il orienter le visionnage du public, trop bête pour saisir ce que cela témoigne du monde d’alors qui fait encore écho à celui d’aujourd’hui ? Et pourquoi ne pas avoir « contextualisé » directement plutôt que de procéder au retrait si l’intention d’HBO Max était d’envoyer un signal ? Enfin, à quoi joue ceux et celles qui crient sans nuances à la « censure » à « l’inquisition » et au « jusqu’où ça ira ?». 

Autant de questions qui montrent que ce faux débat a tourné au défouloir de principe, alors que chacun est d’accord pour renouveler son regard sur les œuvres, plutôt que de s’affronter à travers elles.

Par Mathilde Serrell

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