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Prestation de Grimes aux Games Awards 2019 à Los Angeles, le 12 décembre 2019

Existe-t-il un "accélérationnisme" culturel ?

4 min
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A écouter et à voir les dernières créations de la chanteuse Grimes, on peut diagnostiquer l’état du capitalisme contemporain.

Prestation de Grimes aux Games Awards 2019 à Los Angeles, le 12 décembre 2019
Prestation de Grimes aux Games Awards 2019 à Los Angeles, le 12 décembre 2019 Crédits : JC Olivera / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Et si l’une des philosophies à venir était née dans une blague échangée sur Twitter entre la chanteuse Grimes et l’entrepreneur Elon Musk à propos de l’intelligence artificielle ? Cette hypothèse assurément farfelue mais follement piquante m’est revenue alors que sort aujourd’hui « Miss Anthropocene » le 5ème album de la canadienne. Un opus considéré par la presse musicale, comme l'un des plus attendus de l’année. Puisqu’il faut bien se résoudre à vous donner une « fourchette de célébrité » à propos de la dite autrice-compositrice-interprète et vidéaste.

De Grimes vous avez peut-être, si vous en avez une, l’image de cette sorcière cybernétique, mi-mauvais génie du monde dématérialisé mi-déesse de la machine. En gros c’est Madonna branchée sur la 5G ! Mais ma théorie c’est qu’à l’écouter et à la voir, on peut diagnostiquer dans la culture l’état du capitalisme contemporain. 

Comme le suggérait mon camarade de La Dispute sur France Culture, et journaliste à Libération, Olivier Lamm : Grimes est une forme d’incarnation culturelle des théories « accélérationnistes ». 

Le "manifeste accélérationniste" publié en 2013 par deux jeunes doctorants de la London School of Economics, Nick Srnicek et Alex Williams, repose sur une thèse volontairement provocatrice. Face à l’accélération insoutenable de la modernité tardive, telle que nous l’éprouvons, il ne faut pas tenter de décélérer mais d’accélérer encore. Pousser les curseurs politiques, technologiques, scientifiques, économiques et écologiques, à fond. Alors nous dépasserons le stade du capitalisme tardif et de cette société à la fois figée et frénétique. 

Les accélérationnistes font en somme la même analyse que le penseur de la vitesse Paul Virilio ou le théoricien de l’accélération, le sociologue Hartmut Rosa, mais ils en tirent des conclusions opposées.

Pour en revenir à Grimes et à ce nouvel album, dont elle prétend que c’est le dernier qu’elle composera depuis cette planète, la musique et les visuels qu’elle propose sont une sorte mise en forme de ce futur qui aurait franchi tous les paliers. 

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« Tu ne peux pas voir ce que j’entrevois » / «  You can’t see what I see » chante Grimes qui fait rimer « violence » avec « finance » de sa voix éthérée avant de disparaître à l'intérieur d'un ordinateur. Sur "Delete for ever" on la découvre trônant épuisée sur une planète désolée entourée d’autres astres. 

C’est écrit dessus : l’album est le récit des ravages de la déesse de l’Anthropocène. Mais plutôt qu’un retour à la lenteur, ou l’hypothèse d’une reconnexion à la nature, nous sommes dans cet étrange « après ». Un monde post-apocalyptique qui lutte avec l’intelligence artificielle et tente se forger des possibles.

Il y a un peu plus d’un siècle paraissait dans le Figaro le manifeste des futuristes. Et il existe une parenté indéniable avec cet esprit "accélérationniste". La lenteur étant égale pour les futuristes à « l’adoration immobile des obstacles, la nostalgie du déjà vu, l’idéalisation de la fatigue, et du repos, le pessimisme à propos de l’inexploré ». Et la vitesse « synthèse de tous les courages en action. Agressive et guerrière ». On sait ce que cette pensée a donné de totalitaire et de fascisant. Et par certains aspects  l’accelerationnisme rappelle le futurisme. Mais avec Grimes il prend plutôt la forme d’un lanceur d’alerte. Donner à voir ce qu’il se passe si l’on met le pied sur l’accélérateur, c’est dépasser une vision fantasmée de la fin du monde, pour se confronter à l’avenir. Effrayant mais peut-être pas si stérile.

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