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Florence Foresti, maîtresse de cérémonie des Césars 2020, lors de la cérémonie de 2016

Le cauchemar des César

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Ce palmarès sera un des plus politiques, et franchement il n’y a que des coups à prendre. Si le président des César, Alain Terzian, rappelle que cette instance « ne doit pas prendre de positions morales », les journaux étrangers ont bien identifié la pression morale qui pèse sur les votants.

Florence Foresti, maîtresse de cérémonie des Césars 2020, lors de la cérémonie de 2016
Florence Foresti, maîtresse de cérémonie des Césars 2020, lors de la cérémonie de 2016 Crédits : Corbis Entertainment - Getty

Je me suis réveillée en sursaut, les mains et les pieds moites, la gorge sèche, un affreux mal de crâne : j’avais fait un cauchemar, je devais voter pour les César. Quelle angoisse ! En fait non. Mais ça ne change rien au problème.

La cérémonie a lieu dans un peu moins d’un mois, le 28 février, et depuis l’annonce des nominations mercredi, la pression atteint des niveaux stratosphériques. D’ailleurs au moment où ces nominations étaient dévoilées à la presse, la maîtresse de cérémonie, Florence Foresti, en a même trébuché…

Lapsus ou erreur volontaire, je vous épargnerais le débat dans le débat. Le fait est qu’avec 12 nominations, le film J’accuse de Roman Polanski fait la course en tête et la polémique qui avait accompagné la sortie du film revient au grand galop. Ma théorie c’est que ce palmarès sera un des plus politiques, et franchement il n’y a que des coups à prendre. Même en couronnant La Belle époque de Nicolas Bedos.

Des braises nourries de toutes parts

Pour mémoire, le quarté des favoris se présente comme suit : J’accuse donc 12 nominations, La Belle Époque mais aussi Les Misérables de Ladj Ly - 11 nominations chacun - Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma 10 nominations.

Les César, eux, marchent sur des braises nourries de toutes parts.  Il y a les appels à manifester et à boycotter la cérémonie, la colère et l’indignation des associations féministes qui dénoncent l’aveuglement du cinéma français face à un Roman Polanski accusé par plusieurs femmes de viols. Il y a la secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, qui relance le débat « œuvre-homme » estimant qu’ici, c’est bien l’homme qu'on s’apprête à célébrer, et que ce geste ne respecte les femmes. Enfin, il y a le ministre de la Culture, Franck Riester, pour qui l’Académie des Césars est bien sûr "libre de ses choix et de son mode de fonctionnement" mais qui précise : "Lors du vote les professionnels du cinéma devront en leur âme et conscience mesurer la dimension artistique du choix qu’ils auront à conduire mais aussi du message qu’ils enverront à toutes ces victimes et plus largement à la société". Pression vous avez dit pression ?

Sans oublier la presse internationale qui scrute la situation de près. Le président des César, Alain Terzian, rappelle que cette instance "ne doit pas prendre de positions morales", mais les journaux étrangers ont bien identifié la pression morale qui pèse sur les votants, comme le rapporte Courrier International.

Un choix impossible

De toute façon, ça n’ira pas : entre J’accuse et Portrait de la jeune fille en feu se joue un match symbolique. Adèle Haenel, l’héroïne du film de Céline Sciamma, incarnant une nouvelle vague de prise de conscience sur les violences sexuelles dans l’industrie cinématographique après ses accusations à l’encontre du réalisateur Christophe Ruggia (mis en examen depuis pour agressions sexuelles sur mineur de 15 ans). Que l’un ou l’autre de ces films se trouve plus récompensé, et ce sera un message envoyé à la société entière. Un message forcément, d’un point de vue ou d’un autre, mauvais. Choisissez entre "censure", "déni" ou "honte" et adaptez la suite en fonction des différents camps.

Que les votants n’espèrent pas s’en sortir en plébiscitant Les Misérables de Ladj Ly, car certains feront aussitôt valoir qu’il a été impliqué dans le passé dans une expédition punitive, ou que son film est complaisant avec les Frères musulmans, le passé ou le projet de l’homme faisant planer une ombre sur son œuvre. Enfin, si les votants prennent la tangente en mettant en avant La Belle Epoque de Nicolas Bedos, on criera au choix tiède.  

Reste la solution d’un saupoudrage à peu près égal, et encore… Chaque choix dans chaque catégorie prendra une signification emblématique et politique. Le vote des César est assurément un cauchemar éveillé.

par Mathilde Serrell

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