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Maurice Genevoix chez lui à Paris dans les années 1970, France

Maurice Genevoix et la ruse de l’Histoire

3 min
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Comment transformer un raté en réussite? Le report de la panthéonisation de l’écrivain Maurice Genevoix constitue à ce titre un cas d’école, c’est ma théorie.

Maurice Genevoix chez lui à Paris dans les années 1970, France
Maurice Genevoix chez lui à Paris dans les années 1970, France Crédits : Jean GAUMY - Getty

Ça commence très mal au départ, puisque dans toute l’histoire des panthéonisations, jamais on n’avait vu une commémoration arrêtée et fixée officiellement, se faire décaler. Et ce, à la dernière minute. 

Un mois avant la date prévue, le 11 novembre prochain, le transfert du corps de Maurice Genevoix au Panthéon, et l’hommage à ceux de 14, dont il a été le porte-voix, et même le porte-vie, dans son livre-témoignage, étaient donc brusquement annulés et reportés.

La nouvelle a d’abord surpris, inquiété et déçu. Les trois à la fois. Il faut rappeler pour le comprendre à la fois ce qui motive cette panthéonisation, et le contexte dans lequel elle a été rendue possible.

« Aux grands hommes la patrie reconnaissante » dit l’inscription du Panthéon, Maurice Genevoix était de ceux-là. Prix Goncourt pour Raboliot en 1925, il avait mis son écriture au service d’une entreprise humaniste et nécessaire : donner aux vies détruites dans les tranchées de 14 un tombeau qui ne les faisait pas mourir une deuxième fois en glorifiant la guerre. 

Pour faire entendre la puissance de cet apport à la nation, qui transcende toute la liste des monuments aux morts, il en a fallu du temps ! Et depuis une dizaine d’années, c’est une bataille qui s’était elle aussi endeuillée, après la mort de ceux qui avaient lutté pour que Genevois entre au Panthéon. 

Sa fille, l’éditrice Sylvie Genevoix, puis son mari, l’économiste Bernard Maris, alias « oncle Bernard » dans les colonnes de Charlie Hebdo, tombé sous les balles des djihadistes. 

Sans qu’ils puissent en être témoins de leur vivant, la reconnaissance était enfin arrivée. Le président Macron annonçant publiquement en novembre dernier que Ceux de 14 et leur « porte-étendard » Maurice Genevoix, seraient honorés au Panthéon le 11 novembre 2019. Ils feraient même l’objet d’un « mémorial » c’est à dire une construction statutaire, ce qui n’est pas arrivé depuis 1926 comme le rapporte un article du Point.

La panthéonisation aura donc lieu l’an prochain. Et devinez quoi ? Ce sera encore mieux !

Mais soudain, il fallait donc attendre un an de plus. Pourquoi ? On le sait officiellement depuis hier, ce report est dû à l’objet, et pas à l’homme. C’est-à-dire au mémorial tel qu’il a été proposé par ceux qui ont répondu à l’appel d’offres du marché public. Aucune des propositions n’a convaincu le président. La panthéonisation aura donc lieu l’an prochain. Et devinez quoi ? Ce sera encore mieux ! 

On pourrait se dire qu’après pareil couac c’était la meilleure façon de faire passer la pilule de la déception. L’Élysée évoque même une future cérémonie digne du sacre de Reims ou de la fête de Fédération. Rien que ça. Le stade premium de la panthéonisation.

Mais force est de constater que le hasard a finalement très bien fait les choses. La panthéonisation de Maurice Genevoix et de Ceux de 14 se fera avec le centenaire de la tombe du soldat inconnu, sous l’Arc de Triomphe. C’est à dire que la glorification de cette entité anonyme qui incarne tous ceux qui sont tombés pour la France en 14-18, sera complétée par l’humanisation pacifiste que Genevoix leur a donnée. Sans transfiguration héroïque du champ de bataille, sans idéalisation des hommes au combat, sans lyrisme pour travestir l’horreur. Juste le récit de ses vies minuscules broyées pour rien.

Le report décevant de la panthéonisation, débouche donc sur un dytique commémorationnel plus qu’opportun et même réparateur. Il redonne en réalité tout son sens à l’entreprise de Genevoix. C’est ce qu’on appelle une ruse de l’Histoire.

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