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Le rappeur Kanye West le 6 novembre 2019 à New York.

L’opéra, nouvelle Mecque des artistes

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A l'ère du grand décloisonnement des arts, du règne de l’adjectif « transdisciplinaire » et de la généralisation des profils de slasheurs (ou créateurs multipistes), l’opéra semble s'imposer comme la forme artistique ultime.

Le rappeur Kanye West le 6 novembre 2019 à New York.
Le rappeur Kanye West le 6 novembre 2019 à New York. Crédits : ANGELA WEISS - AFP

Quel est le point commun entre le rappeur Kanye West, le réalisateur James Gray et le plasticien Clément Cogitore ? Tous ont ou vont mettre en scène un opéra.

Dans le sillage du grand décloisonnement des arts, du règne de l’adjectif « transdisciplinaire », et de la généralisation des profils de slasheurs (ou créateurs multi pistes) : l’opéra s’est naturellement imposé comme la forme ultime. C’est ma théorie. Bref, en tant qu’artiste, à 50 ans si t’as pas fait un opéra, t’as raté ta vie. 

Le règne de l'"art total" ?

J’exagère mais les signaux se multiplient et convergent vers cet "art total". C’est à dire, pour reprendre le concept wagnerien, un art qui réunit en son sein toutes les disciplines.

Kanye West qui s’est autoproclamé « plus grand artiste de tous les temps » ne s’y est pas trompé, annonçant cette semaine la création de son premier opéra. Il sera présenté ce dimanche au théâtre philharmonique Hollywood Bowl à Los Angeles, et s’inspire de Nabuchodonosor, terrible souverain de Babylone mentionné dans l’Ancien Testament, et déjà objet d’un célèbre opéra de Verdi, Nabucco, créé en 1842.

Bien sûr, le mouvement ne date pas d’hier, et l’exposition "Opéra Monde" présentée jusqu’en janvier 2020 au Centre Pompidou Metz le montre. 

La relation entre les arts visuels, par exemple, et l’opéra n’a cessé de s’enrichir du XXe au XXIe siècle. Des cinéastes comme Michael Haneke ou Christophe Honoré se sont régulièrement exprimés à travers cette forme. Et les opéras de Peter Sellars ou Krzysztof Warlikowski ont montré la plasticité si actuelle de ce medium.

Une impulsion des institutions

Mais il semblerait que l’on soit passé à la vitesse supérieure. Et pour le coup, c’est l’impulsion des institutions qui rencontre le potentiel des artistes. 

À 36 ans, le plasticien et cinéaste Clément Cogitore a a connu un énorme succès public avec ses Indes Galantes présentées à l’Opéra Bastille. Cet opéra-ballet du XVIIIe siècle, signé Jean-Philippe Rameau, était à son époque une forme crépusculaire qui sera détrônée par l’opéra italien. Mais revisitée au XXIe siècle par Cogitore, elle devient un espace de renouvellement entre danses hip hop, défilés de mode et installations contemporaines. 

Cet automne, outre Clément Cogitore à l’Opéra Bastille, c’est le jeune metteur en scène Simon Stone qui a présentée une incroyable Traviata à l’Opéra Garnier. Violetta y apparaît en « it girl » qui va en boîte de nuit, pose pour du parfum, abreuve ses followers sur Instagram, et sombre dans l’anonymat, pourchassée par des e-mails de relances bancaires et de défaut de paiement de sa mutuelle.

Avec un public vieillissant et un répertoire au fond très restreint, les institutions parient sur cette ouverture à de nouveaux talents "hors sérail" qui s’emparent de cet art total si prompt à transposer les récits hybridés de notre époque. James Gray, le réalisateur américain de Little Odessa, La nuit nous appartient et du récent Ad Astra, a ainsi été appelé pour mettre en scène son premier opéra au Théâtre des Champs-Élysées. Il s’agit des Noces de Figaro dont la première aura lieu mardi prochain.

Si l’opéra s’impose donc comme l’art total d’un siècle tentaculaire, reste cette question : comment les critiques d’opéra vont-elles rendre compte de l’acuité ou non de ces propositions ? Sachant que s’opère de plus en plus un décalage entre la presse et le public. À propos des _Indes Galante_s, rebaptisées les "Indes barbantes", un critique du Figaro racontait sa perplexité à voir une salle entière se lever devant un spectacle dont il n’avait pas saisi la force. Était-il passé à côté de quelque chose qui ferait date ? Était-il devenu ringard, lui qui se piquait de défendre une approche moderne de l’opéra ? Ce n’était pas exclu. Mais, assurément, il se disait, sur scène, quelque chose de l’époque.

Mathilde Serrell

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