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Guillaume Canet dans "Au nom de la terre"

"Au nom de la terre", l'hymne de nos campagnes?

4 min
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Le cinéma populaire serait-il pris de malaise? Il n'est pas anodin que les deux longs métrages qui trônent au Box-Office français soient un anti-film de super héros sur fond de crise sociale, « Joker », et un drame rural qui alerte sur le mal être du monde paysan, « Au nom de la terre ».

Guillaume Canet dans "Au nom de la terre"
Guillaume Canet dans "Au nom de la terre" Crédits : Nord-Ouest Production

Trois millions d’entrées pour l’un, plus d’un million trois cent mille entrées pour l’autre : c’est un signe pour la société, mais aussi pour l’industrie. Entre le cinéma socialement et démonstrativement engagé d’un Ken Loach ou d’un Stéphane Brizé, et le cinéma de pur divertissement grand public, s’ouvre un espace hybride. 

J'ai développé ici une théorie sur le phénomène « Joker », je me pencherai donc cette fois sur le succès d’ « Au nom de la terre » d’Edouard Bergeron. Ce n’est pas seulement le marqueur du malaise des agriculteurs, c’est avant tout un vide de représentation qui se comble. Voilà ma théorie.

La carte est assez éloquente : à Paris intra muros le film a réuni environ 100 000 spectateurs, contre 1 million 200 000 dans les petites et moyennes villes, majoritairement en France rurale. Le ratio dénote d’une certaine fracture.

Comme le montrent les verbatims recueillis par une journaliste du Monde à la sortie des salles, le public du monde paysan s’y est reconnu. L’histoire vraie, inspirée du père du réalisateur, raconte la déchéance d’un éleveur/agriculteur piégé par la spirale productiviste et les dettes de son exploitation, jusqu’au suicide. Ce qui fait écho à une réalité qui émaille régulièrement les journaux : un agriculteur se suicide chaque jour. 

Mais, porté par Guillaume Canet, le film ne se résume pas à une sonnette d’alarme. Il montre l’intimité d’un monde rural longtemps réduit à l’invisibilité ou à des visions fantasmées. 

Le réalisme des situations est celui d’un quotidien souvent ignoré : entre les pressions des coopératives et les cotisations inflexibles de la MSA, la sécurité sociale des agriculteurs. Seulement, cette précision ne se concentre pas sur le combat d’un « Petit Paysan » (pour reprendre le titre du film multi-césarisé d’Hubert Charuel). Elle touche fondamentalement aux tensions générationnelles et à la crise de valeurs d’un milieu.

La conception du rôle de la femme, souvent méprisée ou secondaire, la problématique de la filiation, l’inadéquation entre le discours de la génération des trente glorieuses nourricières et les difficultés apparues au tournant des années 90, l’attitude des exploitants voisins ou encore celle du maire : tout se fait jour. « Au nom de la terre » brosse autant le portrait d’un malaise venu de pressions extérieures qu’intérieures.

En ce sens, il met sur la carte du cinéma les véritables enjeux d’une population dont on montrait assez mal jusqu’ici comment elle vit, souffre, aime, rit, mange, travaille, espère, et meurt aussi. Ce n’est pas seulement à une crise corporatiste que le film répond, mais à l’absence de représentation réaliste de cette diversité sociale sur les écrans.

Reste à espérer que ce n’est pas le point de départ d’un cinéma « conscient » populaire qui fonctionnerait pas segments.

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