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Tim Cook, PDG d'Apple, présentant le nouveau service de streaming de l'entreprise "Apple TV+"

Guerre des plateformes : le plus est-il l’ennemi du bien ?

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Netflix, Amazon, Apple TV+, Disney+, HBO Max ou bien encore Salto : comment naviguer dans cette surenchère de contenus ? Plus d’offres qu’il n’y a de cerveaux et de temps pour les voir renforce l’insularité culturelle. C’est ma théorie.

Tim Cook, PDG d'Apple, présentant le nouveau service de streaming de l'entreprise "Apple TV+"
Tim Cook, PDG d'Apple, présentant le nouveau service de streaming de l'entreprise "Apple TV+" Crédits : NOAH BERGER - AFP

La formule tourne en boucle dans tous les médias, c’est officiel « la guerre du stream est déclarée ». Entendez par là une bataille des plateformes où Netflix et Amazon devront maintenant rivaliser avec Apple TV lancé ce vendredi, mais aussi Disney dont l’arrivée est prévue le 12 novembre prochain aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle Zélande et aux Pays-Bas. Sans oublier HBO max attendue pour mai 2020, et à une autre échelle, les trois grands groupes de télé français, M6, TF1 et France Télévisions, qui préparent leur propre plateforme « Salto ».

D’un point de vue stratégique et économique on pourrait analyser les différentes forces en présence en fonction des catalogues, productions originales, et tarifs proposés, mais sur le plan de l’expérience culturelle, ce qui est surtout frappant c’est cette profusion à faire tourner de l’œil. 

L’augmentation exponentielle des productions depuis 10 ans bascule dans une dimension encore supérieure à ce que l’on a connu. Et comme le soulignent les critiques spécialisés : en cet automne, jamais dans l’histoire des séries un tel volume d’offres n’aura été proposé. 

Plus de contenus qu’il n’y a de cerveaux et de temps pour les voir, renforce une  forme « d’insularité culturelle ». C’est ma théorie.

Je m’explique. En plus des acteurs traditionnels ou préexistants, l’arrivée de ces nouvelles plateformes a certes des avantages. Notamment une forme d’émulation créative, accompagnée d’une phase d’opulence. 

Pour « The Morning show » une des séries originales lancées ce week-end par Apple TV - qui raconte les luttes de pouvoir au sein d’une matinale TV suite à l’éviction d’un présentateur star pour méconduites sexuelles en pleine vague #MeToo -  la firme à la pomme a investi 15 millions de dollars par épisode. Pour 10 épisodes ça fait donc 150 millions de dollars soit 50 millions de plus que la saison finale de Game of Thrones. Les chiffres sont stratosphériques et assurément démesurés. Mais quoiqu’il en soit, pour affronter cette guerre des contenus, les carnets de chèques sont de sortie, et c’est le moment de voir financés quantité de projets y compris pharaoniques. 

Les auteurs ayant également souffert des conditions imposées par Netflix lorsqu’il régnait en maître sur le secteur, on peut également penser que cette concurrence va leur permettre de s’orienter vers les plateformes qui proposent les meilleures conditions.

Mais reste cette question, comment les spectateurs/consommateurs vont-ils naviguer dans cette offre pléthorique ? Comme le remarquait un excellent analyste du genre, Olivier Joyard, sur le site des Inrocks : au sein de ce grand bazar culturel, nous pourrons « rester des spectateurs et spectatrices libres, en affrontant cette profusion à l’intuition, selon le cours fluctuant de nos désirs ». Un thème, une signature de réalisation ou de création, un comédien ou une comédienne bien aimé(e) orienteront nos choix. 

Mais de phénomènes collectifs et générationnels, les séries vont entrer dans une ère de morcellement accéléré des représentations. Et quelle expérience d’altérité vivrons-nous si ce n’est celle de suivre l’ombre de notre double renforcé par la bulle culturelle des algorithmes ? 

Cette surenchère de contenus démultiplie donc les effets d’une forme d’insularité culturelle. Chacun se retrouve plus que jamais sur son île de représentation fictionnelle. Dans son livre « Nos vies en séries » Sandra Laugier reprend cette citation du philosophe John Dewey « Ce que nous tenons désormais pour les traits essentiels des personnes et des objets est en grande partie le résultat de l’art ». À l’aune de ces représentations ultra morcelées, je me demande sur quels traits communs nous entendrons-nous…

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