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Façade des bureaux du journal Le Monde

« Le Monde », un bien commun?

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Façade des bureaux du journal Le Monde
Façade des bureaux du journal Le Monde Crédits : Miguel MEDINA - AFP

L’impressionnante diversité des personnalités, des parcours et des sensibilités réunis dans la tribune qui défend l’indépendance des journaux du groupe « Le Monde » a quelque chose d’historique et de vertigineux. Plus de 500 acteurs du monde intellectuel et culturel mobilisés : on n’avait pas vu ça depuis les pétitions massives des années 80 notamment en faveur de l’exception culturelle. 

L’exception qui est défendue ici, et qui met d’accord historiens, paléontologues, chanteurs, footballeurs, cinéastes, moines bouddhistes, avocats, écrivains, économistes, danseurs et philosophes, c’est donc celle d’un groupe de presse. Mais si le texte prend position sur un point précis, qui engage l’avenir financier dudit groupe, il dessine aussi, en creux, à travers ses signataires, une véritable communauté de valeurs. C’est ma théorie.

Pour résumer la situation : « Le Nouveau Monde » qui englobe le journal Le Monde mais aussi Télérama, Courrier International ou La Vie, est aujourd’hui détenu à 75% par Xavier Niel, Mathieu Pigasse et l’ayant droit de Pierre Berger. Or depuis que Mathieu Pigasse a vendu 49% de sa participation dans le groupe au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, l’inquiétude monte. 

Ledit milliardaire qui possède en outre des usines à charbon mais aussi d’autres titres de presse, est aujourd’hui minoritaire. Cependant il pourrait à terme détenir une part majoritaire des actifs de Mathieu Pigasse. Même si ce dernier, qui a enfin voulu s’exprimer ce week-end, s’en défend. 

Dans ce contexte, et pour se prémunir d’un changement qui mettrait en danger leur indépendance éditoriale, les journalistes et salariés demandent que soit signé un "droit d’agrément". C’est à dire, concrètement, pour la société de rédacteurs du Monde et le pôle d’indépendance du groupe : un droit de regard et de veto sur les rachats et changements de capital majoritaire. 

Ce droit dans l’état actuel des négociations, Mathieu Pigasse refuse toujours de le signer contrairement à un autre co-gestionnaire du groupe, Xavier Niel, qui a donné son accord. Un ultimatum est donc fixé à demain. Voilà pour la partie factuelle.

L'indépendance de la presse, un bien commun ?

Mais ce qui m’intéresse ici, c’est pourquoi ces 500 signataires de la culture et des idées entrent-ils à leur tour dans cette bataille pour le "droit d’agrément". Bien qu’il s’agisse d’une négociation financière privée, le texte se conclut sur cette phrase "En cette époque où même les faits sont contestés, la liberté et l’indépendance de la presse sont des biens publics plus précieux que jamais".

Le groupe Le Monde et l’indépendance de ses journaux, avec lesquels, les signataires précisent qu’ils ne sont pas toujours d’accord, constitue donc un "commun". Mais de quoi ce commun est-il le nom ? 

Dans un moment où, partout, le fameux "pouvoir des médias" est attaqué, perçu comme une oligarchie de l’opinion dominante, cette mobilisation prouve que les journalistes n’ont d’autre pouvoir que symbolique. Le commun sur lequel les signataires s’accordent est le suivant : c’est aux citoyens de se mobiliser pour préserver les conditions qui permettent la qualité et l’indépendance de l’information. Et défendre une institution comme Le Monde, même si elle n’est pas exempte de critiques, c’est défendre un socle de vérités communes. Un point de repère qui conjugue diversité, indépendance, et exactitude. À ce titre, le combat pour l’information libre ne se situe pas du côté des dénigrements mais dans la défense d’un socle qui peut encore nous rassembler.

Il ne peut y avoir deux fins du Monde, une suffit.

par Mathilde Serrell

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