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 Alors que la cité lagunaire connaît sa plus importante inondation en cinquante ans, de nombreux responsables, dont le maire de Venise, ont appelé à mettre en service le projet de digues Mose

Que c’est triste de laisser couler Venise

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À maints égards, ce joyau de l’humanité semble pris sous l’eau de ses paradoxes. C’est ma théorie.

 Alors que la cité lagunaire connaît sa plus importante inondation en cinquante ans, de nombreux responsables, dont le maire de Venise, ont appelé à mettre en service le projet de digues Mose
Alors que la cité lagunaire connaît sa plus importante inondation en cinquante ans, de nombreux responsables, dont le maire de Venise, ont appelé à mettre en service le projet de digues Mose Crédits : Awakening - Getty

Venise se retrouve-t-elle prise à son propre piège ? Les images de la « Sérénissime » submergée par les eaux ont inondé l’actualité. Des épisodes historiques d’acqua alta se sont succédé ces derniers jours, et la Cité des Doges est officiellement en état d’urgence pour catastrophe naturelle depuis jeudi.

Après Notre-Dame en flammes, une nouvelle émotion patrimoniale a traversé les écrans. Mais Venise, bien que menacée d’être engloutie, ne suscite pas la même mobilisation. Pourquoi ? À maints égards, ce joyau de l’humanité semble pris sous l’eau de ses paradoxes. C’est ma théorie.

Un appel aux dons a bien été lancé, le maire de Venise annonçant l’ouverture d’un compte bancaire "pour tous ceux qui, en Italie et à l’étranger, souhaitent contribuer aux réparations", mais le dit compte se remplit moins vite que les eaux n’ont envahi la ville. 

Venise ne bénéficie pas d’un élan de générosité mondial

L’acqua alta a submergé 80 % de la cité, la Basilique Saint-Marc, et le théâtre de La Fenice, pour ne citer que ces deux monuments, ont été inondés par près d'un mètre d'eau de mer, les structures sont fragilisées, les mosaïques abîmées, les remises en état vont coûter des millions d'euros, et le gouverneur de la région parle de "dégâts apocalyptiques", pourtant Venise ne bénéficie pas, à ce jour, d’un élan de générosité mondial.

Peut-être parce qu’elle tient encore la tête hors de l’eau et connaît une phase de répit. Mais pour combien de temps ? Ce que le ministre de l’environnement italien a qualifié de "tropicalisation" de la météo, avec d’intenses précipitations et de fortes rafales de vent, liées au réchauffement climatique, a déjà fait de terribles ravages, et menace Venise un peu plus chaque jour.

D’ailleurs dès 2006, Venise se trouvait en couverture d’un rapport de l’Unesco sur les "Prédictions et gestion des effets du changement climatique sur le patrimoine mondial". Le péril vénitien, bien qu’identifié, souffre-t-il d’être constitutif de l’image de la ville ?

Peut-être. Car à la différence de Notre-Dame, ce qui advient ne s’impose pas soudain comme une rupture avec une entité qu’on croyait éternelle. La fragilité de Venise a forgé son ADN artistique et touristique. Combien de poèmes et de chansons l’ont déjà dépeinte engloutie dans les eaux noires ? Aussi ce sentiment de beauté éphémère nourrit intimement la mélancolie romantique que le monde entier vient y chercher.

Ensuite ce qui piège Venise dans l’eau des paradoxes, pour reprendre ma théorie, c’est que ce patrimoine mondial est menacé par son propre tourisme. Comme l’ont dénoncé les habitants de la ville et les écologistes, Venise est envahie par d’immenses bateaux croisières qui au fond la coule un peu plus chaque jour. Rappelons qu’un seul paquebot peut émettre autant de particules qu'un million de voitures.

Enfin, ultime paradoxe, Venise qui est pourtant l’un des sites les plus ouvertement menacés au monde, incarne cette aporie des politiques patrimoniales : la restauration avant la préservation. C’est au fond ce que laissaient entendre les déclarations de Mechtild Rössler, la directrice à l'Unesco chargée du patrimoine. Elle a exhorté la ville à relancer d’urgence le projet de digues MOSE. Certes complexe, et retardé pour malfaçons et soupçons de corruption, il a néanmoins été conçu en 1984 et n’est toujours pas opérationnel ! Comme l’a tweeté le philosophe Bruno Latour samedi :

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