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Joaquin Phoenix dans le film "Joker".

Joker, du succès au phénomène

3 min
À retrouver dans l'émission

Sur le plan de l’industrie culturelle comme de l’imaginaire politique, il y aura un avant et après Joker.

Joaquin Phoenix dans le film "Joker".
Joaquin Phoenix dans le film "Joker". Crédits : Warner Bros

Dans la culture populaire, il existe un stade supérieur à celui du succès, c’est le phénomène. Le film Joker de Todd Phillips vient de rejoindre cette catégorie. À la fois classique instantané et signe qui dépasse "la chose en soi" : le récit des origines du meilleur ennemi de Batman coche toutes les cases du phénomène. Il y aura un avant et un après Joker, c’est ma théorie.

Costume rouge, cheveux verts, visage grimé en clown, la scène où Joaquin Phoenix danse dans des escaliers, et achève la mue d’Arthur Fleck en Joker, a atteint la postérité immédiate. À New York, dans le Bronx, les marches qui séparent la 170e rue de Shakespeare Avenue sont donc désormais "les escaliers du Joker". On y va en pèlerinage se photographier ou se filmer pour célébrer l’icône. 

Les réseaux sociaux, Instagram en tête, grouillent de ces "danses du joker". Version en réseau des millions de personnes qui se sont trémoussées en glissant leurs mains en V sur leurs yeux pour faire comme Uma Thurman dans Pulp Fiction. Mais 25 ans plus tard, si Joker a donc lui aussi sa danse culte, elle a pris une autre dimension. On pourrait parler de joking pour prolonger la liste des modes virales en « ing », avec un frisson supplémentaire. 

Joker ou le retour de la mass culture politisée

Comme d’autres objets culturels, le clip This is America de Childish Gambino ou le film Black Panther tirés de l’univers Marvel :  ce Joker devient un signe de ralliement, un véhicule contestataire que chacun emprunte à sa manière. On le voit dans un photoreportage de Stéphane Lagoutte (Myop) à Beyrouth publié par Libération : la révolte sociale libanaise a pris le masque des Anonymous, mais aussi les traits maquillés du Joker. Notons que dans les deux cas, ce sont des personnages inspirés par le même auteur de comics, Alan Moore (_ndlr : l'album "Killing Joke" a été une des principales sources d'inspiration du film de Todd Philipp_s).

Le phénomène Joker se mesure également à l’incroyable exégèse analytique qu’il produit. Comme la série Game of Thrones ou Black Panther que j’évoquais tout à l’heure, il y a une pensée engendrée par l’objet culturel qui le dépasse la chose en soi.

Enfin Joker devient un marqueur, une balise dans l’histoire de la pop culture en tant que nouveau modèle, comme Thriller de Michael Jackson révolutionna le clip pour toujours. Il s’agit d’un dé-formatage réussi.

Les chiffres sont là : en France un million et demi d’entrées en une semaine c’est en effet phénoménal, plus de 700 millions au box office américain en trois semaines, ça l’est aussi. Même le nouveau volet de la saga Terminator, Terminator Dark Fate, qui sort cette semaine, ne devrait pas réduire le sourire triomphal du Joker. Mais au-delà des chiffres, le phénomène Joker aura montré qu’un film de super-héros totalement émancipé des codes mis en place (notamment chez Marvel) pouvait s’avérer extrêmement rentable. Ce qui ouvre une incroyable brèche de liberté. Sur le plan de l’industrie culturelle comme de l’imaginaire politique, il y aura un avant et après Joker.

par Mathilde Serrell

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