LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Installation du "Bouquet de Tulipes" de Jeff Koons le 30 août 2019 à Paris.

Jeff Koons, la guerre des Tulipes n'aura pas lieu ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Ce vendredi sera finalement inauguré le « Bouquet de Tulipes » de Jeff Koons dans les jardins du Petit Palais à Paris. Mais la polémique est-elle pour autant finie ?

Installation du "Bouquet de Tulipes" de Jeff Koons le 30 août 2019 à Paris.
Installation du "Bouquet de Tulipes" de Jeff Koons le 30 août 2019 à Paris. Crédits : Ludovic MARIN - AFP

« Les fleurs du mal » ? « Le bouquet de la discorde » ? « Le cadeau empoisonné » ? Quel titre retiendra finalement l’histoire pour qualifier la bataille qui a entouré l’œuvre de Jeff Koons inaugurée ce vendredi à Paris ?

Geste d’amitié envers son alliée meurtri par les attentats, la sculpture avait été commandée à l’initiative de l’Ambassade des États-Unis en France. Mais son coût, même financé par le mécénat privé, son emplacement, et la personnalité même de l’artiste choisi, ont déclenché une polémique, qui a fait instantanément de ce « Bouquet de Tulipes » une nouvelle grande controverse de l’histoire des arts. 

Cela dit, le cas des Tulipes de Jeff Koons diffère des éternels scandales esthétiques requalifiés plus tard en joyaux du patrimoine. C’est ma théorie.

On pourrait comparer l’affaire à celle des colonnes de Buren. Les Tulipes de Koons confirmant une nouvelle fois la règle qui veut qu’aucune œuvre monumentale et/ou disruptive ne peut se dresser dans le paysage parisien sans provoquer une vague de hérissements épidermiques. Mais cette controverse n’est pas aussi facilement classable qu’elle n’en a l’air.

Premièrement, la querelle concernant l’emplacement de l’œuvre, ne se s’est pas vraiment dissipée sur le fond. 

Même si Jeff Koons précise, dans l’interview qu’il vient de donner au Figaro, qu’il n’a jamais imposé le site qui accueillerait ses Tulipes. Et même si les jardins du Petit Palais à Paris ont été choisis in fine à la place de l’esplanade du Musée d’Art moderne et du Palais de Tokyo - rendant caducs les débats sur la perspective obstruée de la Tour Eiffel ou le coût des travaux de renforcement de la dalle. Pour autant, l’argument symbolique soulevé par 23 représentants du monde de l’art et de la culture dans une tribune parue dans Libération le 21 janvier 2018 demeure.

Ils estimaient que l’emplacement choisi pour cette oeuvre censée être un «symbole de souvenir, d’optimisme et de rétablissement, afin de surmonter les terribles événements qui ont eu lieu à Paris » posait problème. Car la sculpture prenait place dans un lieu « sans aucun rapport avec les tragiques événements ». Or, on ne peut pas dire que le choix du jardin du Petit Palais soit plus pertinent sur ce plan.

Deuxièmement, si ce genre de bataille artistique est en général prompt à révéler une fracture entre « anciens » et « modernes », ce n’est pas le cas du Bouquet de Tulipes de Koons. Le clan du "pour" réunissant des figures de la modernité, comme l’artiste Fabrice Hyber, ou l’architecte Odile Deck. Et le clan du "contre" aussi. Citons parmi les signataires de la dite tribune : le plasticien Christian Boltanski, le cinéaste Olivier Assayas, ou l’ex ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon qui a lui-même exposé Jeff Koons au Château de Versailles. Difficile de voir dans "la guerre des tulipes" un clivage formel.

Au vrai, qu’on aime ou pas Jeff Koons, qu’on apprécie ou non ce gigantesque poing et ses onze non moins gigantesques tulipes colorées (la 12ème manquante symbolisant le manque et le traumatisme des attentats) : là n’est pas la question. La controverse vient du décalage indépassable qui existe entre le projet et la commande. Si Koons est bien président d’honneur de l’Institut Gustave Courbet, et le tient pour maître et inspirateur, sa démarche - contrairement à celle de Courbet - reste totalement déconnectée de l’engagement. Et le choix désincarné du lieu, comme de la figure désengagée de l’artiste par rapport à l’enjeu, reste pour le moins surprenant. À moins qu’on estime que le plus grand symbole de la tolérance soit précisément d’accepter pareil décalage.

par Mathilde Serrell

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Chroniques
8H55
3 min
La Conclusion
Greta Thunberg au pays de Descartes
L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......