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Francoise Bourdin en juin 2019 chez elle à Vernon

Les succès silencieux (et le bruit de la fracture culturelle)

3 min
À retrouver dans l'émission

Quel est le point commun entre la romancière Françoise Bourdin, l’écrivain Christian Signol, le film « Au nom de la terre », le groupe Tryo, ou encore le spectacle des Bodin’s ? Ce sont des succès silencieux qui passent sous les radars de la critique et des Prix.

Francoise Bourdin en juin 2019 chez elle à Vernon
Francoise Bourdin en juin 2019 chez elle à Vernon Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

À l’approche des municipales et un an après le premier mouvement des gilets jaunes, ne serait-il pas temps d’examiner cette « fracture culturelle » ? Elle se manifeste, et se fait entendre régulièrement comme un craquement d’alerte. Ma théorie c’est que nous souffrons sur ces phénomènes d’une opposition de principe. En France, la culture est plus cloisonnée dans son récit que dans son vécu.

Ce week-end le magazine M Le Monde consacrait un portrait à Françoise Bourdin, cette romancière de 67 ans est l’une des plus populaires de France, pourtant son nom ne figure quasiment jamais dans la presse ni sur aucune liste de Prix. 

Françoise Bourdin en est à son quarante-septième livre, et elle atteint facilement les 15 millions d’exemplaires, poches et grands formats confondus. Comme le souligne Vanessa Schneider dans son article, "c’est simple, si l’on s’amusait à cumuler les ventes des lauréats des plus prestigieuses récompenses littéraires sur dix ans, elle serait encore en tête". Sans compter que c’est une star des emprunts dans les bibliothèques de France.

Des succès qui passent sous les radars de la critique et des Prix

Pourtant Françoise Bourdin reste un phénomène silencieux. De ces livres qui sont écrits comme de grandes sagas télé, toujours ancrés dans un territoire ou une région, et construits autour d’une profession - vétérinaire dans un parc animalier par exemple - on n’entend jamais parler. Excepté quelques lignes parfois dans la presse quotidienne régionale.

À la Foire du livre de Brive ce week-end, les lecteurs se précipitaient pour rencontrer un autre écrivain très populaire et quasi invisible sur la carte littéraire médiatique : Christian Signol. Auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages et d’énormes best-sellers comme La Rivière Espérance. Une saga historique autour du métier des gabariers, qui transportaient les marchandises au XIXe siècle sur la Dordogne. Dans cette foire de Brive, c’est bien Christian Signol qui détient le record des ventes de livres, devant les prix Goncourt qui siègent à côté de lui, pourtant, à nouveau, force est de constater que son succès est encore largement ignoré.

Et ce n’est pas un constat qui se limite à la littérature. Au cinéma, je ne revendrai pas sur le film « Au nom de la terre » déjà évoqué ici, et qui a dépassé le million d’entrées en dehors de Paris, pour une centaine de milliers dans la capitale. Tandis que sur scène, la vie des Bodin’s à la ferme tourne depuis cinq ans et remplit tous les zéniths de France.

Une opposition artificielle entre centre et périphérie?

Cette invisibilité de toute une partie de la culture du pays ne vient pas des mentalités mais du récit d’opposition qui continue de peser sur ces différents mondes culturels. Comme s'il y avait LA culture française celle qui aspire à l’universel et se positionne par rapport à l’histoire, et puis les cultures françaises. Celles de divertissement disons, forcément contingentes et négligeables. Et lorsqu’elles sont mentionnées, c’est en tant que phénomènes mais sans considération critique. En 2012 quand Françoise Bourdin a été l’invitée de Laurent Ruquier sur France 2 dans « On n’est pas couché », Christophe Barbier directeur de L’Express, expliquait qu’il n’en parlait pas dans son journal car elle n’allait pas changer l’histoire de la littérature ni entrer à l’Académie française. Mais alors, en dehors de cette culture, point de salut ? Bien sûr tout ne se joue pas sur le même registre, mais cette surdité entretient la petite musique d’une opposition entre centre et périphérie.

par Mathilde Serrell

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