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Le grand retour de la tradition du "serio ludere"...

Jouez sérieux !

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Apparu au XVe siècle avec le mouvement humaniste, le « serio ludere » redevient un des moteurs de la pensée critique.

Le grand retour de la tradition du "serio ludere"...
Le grand retour de la tradition du "serio ludere"... Crédits : Viktorcvetkovic - Getty

Qui Noël dit souvent jeux. Vous vous retrouverez peut-être embarqué(e)s, de gré ou de force, dans une partie censée rendre le temps familial un peu moins long. Ma théorie, c’est que vous auriez tout intérêt à jouer sérieux. Le « serio ludere » redevient un des moteurs de la pensée critique.

Au XVe siècle apparaissait dans le mouvement humaniste en Italie l’expression oxymorique « serio ludere ». Une tradition satirique nouvelle pour promouvoir des réflexions politiques et philosophiques avec une approche amusante. Depuis le XXe siècle et les années 1970, les travaux du chercheur Clark Abt ont mis en avant un ensemble de « serious games » (jeux de société, jeux de plein air, jeux de rôle ou jeux sur ordinateur) qui permettent notamment de diffuser des messages éducatifs ou politiques. 

A leur façon, les comédiens de Broute sur Canal on su appliquer le « serio ludere » au mouvement #MeToo.

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Aujourd’hui, penseurs, chercheurs et artistes ont également investi les jeux sérieux pour faire circuler leurs travaux et réflexions.                                                                                       

Si je vous dis « gomme » vous me répondez ?  « Crayon ». Oui, mais on aurait tout aussi bien pu dire « complot » ! Au fond, les gommes au bout des crayons à papier ne servent à rien, par rapport aux vraies gommes. Elle salissent tout et effacent à peine. La persistance de leur commercialisation est donc forcément un complot ! Mais de qui ?

Créé par les éditions Le Droit de Perdre et inspiré de la BD « Zaï zaï zaï zaï » de Fabcaro, qui s’est vendue à plus de 250 000 exemplaires, le jeu de société Crazy Theory entraîne votre esprit à déjouer les théories du complot, toujours plus florissantes et fumeuses. Il repose sur cette mécanique de chaînes de mots souvent utilisées dans les raisonnements complotistes. Exemple : Pinocchio, nez, Cléopâtre, pyramide, triangle, Illuminati ! 

A partir d’une carte complot, celui des gommes au bout des crayons à papier par exemple, chaque joueur va devoir trouver une histoire qui relie une liste de mots entre eux, permettant de démontrer le complot et de désigner le groupe qui en est forcément responsable.  

Ce jeu sérieux a donc une dimension critique comme un objectif créatif, à la manière des jeux des surréalistes ou de l’Oulipo. Mais le « serio Ludere » comme véritable exercice de la pensée critique s’applique plus concrètement dans les milieux de la recherche. 

Ainsi le couple de sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot propose avec le jeu de société Kapital de fusionner lutte des cases et lutte des classes. 

Le but du jeu : mettre à bas les mécanismes de la domination sociale. En traversant le plateau, qui compte 82 cases comme l’espérance de vie moyenne des Français, les joueurs prennent conscience que les rapports entre dominés et dominants ne sont pas naturels mais le fruit de stratégies mises en place par les puissants pour s’accaparer richesses et privilèges. Une initiation radicale (et un peu caricaturale aussi) à Karl Marx et Pierre Bourdieu, mais aussi un moyen de provoquer une démarche critique.

Le joueur qui fait le plus gros score de dés au début de la partie sera le dominant, les autres les dominés. Et le dominants ou les dominés reçoivent un stock de billets répartis en capital financier, culturel, social et symbolique. Les différentes cartes tirées au cours du jeu et rédigées par les sociologues Pinçon-Charlot, vont faire évoluer ce capital de départ. Exemple : si je tire une carte « dominé » : « Vous avez manifesté avec les gilets jaunes et vous avez été arrêté par la police. Vous êtes jugé au tribunal en comparution immédiate et payez à la banque 5 K symbolique ».

Un dernier exemple avec le jeu « Terrabillis ». Le principe ? Vous êtes un pays et vous vous dotez d’infrastructures mais elles auront des conséquences sur les pays des autres joueurs car tout le monde partage la même zone « impacts ».

Exemple si un pays a choisi l’énergie fossile tout le monde sera affecté par la marée noire...

Comme l’historien Nicolas Offenstadt qui utilise l’urbex (l’exploration urbaine) en ex-RDA, ou le philosophe Bruno Latour qui donne des conférences-spectacles, le « serio ludere » peut redevenir le parfait terrain de jeu du savoir et des idées. Entrez dans la partie !

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