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Le rappeur Nekfeu aux 31èmes Victoires de la Musique en 2016.

Pourquoi les rappeurs ne signent pas de pétition ?

3 min
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Alors que l'actualité laisse une large place à l'indignation publique et qu'à chaque polémique des artistes donnent à entendre leur voix, les rappeurs, pourtant leaders d'opinion, sont absents de ce mode d'expression.

Le rappeur Nekfeu aux 31èmes Victoires de la Musique en 2016.
Le rappeur Nekfeu aux 31èmes Victoires de la Musique en 2016. Crédits : BERTRAND GUAY - AFP

Où sont les rappeurs pétitionnaires ? Tandis que le bal des lettres ouvertes, tribunes et autres pétitions bat sur plein sur une multiplicité de sujets et de polémiques (climat, féminisme, projets controversés d’urbanisme, port du voile ou encore place d’Eric Zemmour dans les médias), il est rare de trouver parmi la cohorte des artistes signataires, le nom d’un rappeur ou d’une rappeuse.

Leaders d’opinion, artisans de la musique la plus populaire de France, les rappeurs figurent pourtant rarement voire quasiment jamais dans ce « Who’s Who » de l’engagement. Pourquoi ? La question appelle des réponses multiples et complexes, mais ma théorie c’est que cette absence révèle en creux certaines impasses du débat national.

En parlant de rappeur pétitionnaire j’ai bien conscience que je frôle l’oxymore. La voix de la rue devenue aujourd’hui commercialement majoritaire, s’est engagée et continue de le faire à travers ses textes ou sa démarche (confer le « le rap conscient ») sans en passer par la case pétition, qui affiche une « street credibility » proche de zéro.

Le film « Banlieusard » de Kerry James mis en ligne sur Netflix le 12 octobre dernier affole les compteurs, avec deux millions six cent milles visionnages en une semaine. Preuve qu’en renouvelant ses terrains d’expression, le rappeur a trouvé le moyen de partager largement son message et son analyse du débat sur la situation des quartiers populaires. 

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« Lettre ouverte à la France » est aussi l’un des nouveaux titres de Kerry James propose une autre approche et touche aussi un autre public que celui des fameuses « tribunes » qui circulent dans les journaux. Pour autant la question de l’absence des rappeurs dans les circuits de pétitions ne saurait être totalement évacuée.

En voyant le nom de Nekfeu parmi les 90 personnalités qui ont apporté leur soutien à la mère accompagnatrice voilée prise à partie par un élu du Rassemblement national, on réalise soudain que le paraphe d’un rappeur est aussi rare que symbolique. 

Ici c’est Nekfeu qui signe une pétition face à la montée de la haine contre les musulmans, mais on a aussi vu Lomepal rejoindre une pétition pour défendre l’hôpital public, ces engagements pétitionnaires de rappeurs montrent en filigrane le rôle qu’ils pourraient jouer dans la communauté du débat public.

Pourquoi ne le font-ils pas plus ? J’ai parlé d’autres formes d’expression de l’engagement tout à l’heure - par les voix artistiques en citant Kerry James, - ça peut aussi être à travers le monde associatif comme le fait Fianso, encore sous la forme d’un tweet comme celui du rappeur Seth Gueko sur les problèmes de la France réduits à 3 voilées et 2 barbus, et puis on peut considérer que certaines réussites parties de rien, comme celle PNL, sont politiques en soi.

Mais l’un n’empêche pas l’autre ?  Et pourquoi certains comme Niska ou Ninho font-ils preuve d’un silence assourdissant ? L’émission « debattle » que consacrait ce vendredi « Moove » à la question de l’engagement dans le rap posait cette question. Le rap devenu un jeu commercial ultra concurrentiel, cela conduit-il certains ou certaines à ne pas prendre le risque de diviser ?

Reste cet autre aspect : les rappeurs ne sont pas pétitionnaires tout simplement aussi parce qu’on ne cherche même pas à les contacter ! Le cercle des artistes signataires ne le met par sur la carte de l’engagement intellectuel. Cette absence révèle malgré tout, et quels que soient les raisons que j’évoquais plus haut, le niveau d’entre-soi du débat public.

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