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Martin Scorsese à une avant-première de "The Irishman" à San Francisco.

"The Irishman" de Scorsese, le cinéma hors limites

3 min
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Que vous l’ayez vu, pas encore, ou pas entièrement, « The Irishman » de Martin Scorsese est un film sur lequel vous serez amené à avoir un avis, tôt ou tard. Mais à la différence du phénomène « Joker » de Todd Philips, le débat ouvert par cet O.V.N.I n’est pas tant sociétal que cinématographique.

Martin Scorsese à une avant-première de "The Irishman" à San Francisco.
Martin Scorsese à une avant-première de "The Irishman" à San Francisco. Crédits : KIMBERLY WHITE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Depuis sa sortie, uniquement sur la plateforme Netflix, les 3 heures 30 de cet apparent requiem mafieux suscitent une exégèse sans cesse alimentée. Des critiques et des impressions de spectateurs se dégage un sentiment diffus qui va du crépusculaire au sépulcral.

Pourtant « The Irishman » n’est pas un film de clôture mais plutôt un film d’ouverture. C’est ma théorie. Scorcese pose les bases, de l’hydre cinématographique de demain.

D’ailleurs, juste avant que ce voyage dans le temps ne se referme, le héros et narrateur central, Frank Sheeran, incarné par Robert de Niro, prononce, depuis son hospice, ces mots ultimes  : « leave the door open » (laissez la porte ouverte).

Une mise à l'écran des funérailles du cinéma ?

Evidemment avec sa scène inaugurale en plan séquence dans les couloirs d’une maison de retraite, la caméra, en grande faucheuse, arrivant derrière l’épaule d’un de Niro assis sur sa chaise roulante : « The Irishman » se présente comme une œuvre d’adieu. Après Raging Bull, Les Affranchis, et Casino, la première trilogie de Martin Scorsese sur la mafia (« the underworld » comme il l’appelle), voici donc l’épilogue. 

Une fresque à la Il était une fois en Amérique, qui court des années 50 aux années 70, adaptée du livre de l’avocat d’un vrai mafieux. L’homme de main Franck Sheeran/De Niro, lui-même double de Martin Scorsese y jette un regard rétrospectif sur sa vie de criminel. Et Martin Scorcese sur sa vie de cinéaste.

Le maître du temps qui passe, et détracteur des usines à films de super héros, ramènerait donc ses héros à lui - Bob de Niro, Jo Pesci, Harvey Keteil, mais aussi Al Pacino, petit nouveau qui était taillé pour son univers - vers la sortie... Et nous assisterions aux funérailles de son propre cinéma. Et même DU cinéma. 

Un éditorial du journal Le Monde, a fait de « The Irishman » je cite « le symbole d’un cinéma mondial en péril ». Ce chef d’œuvre, qualifié de « meilleur film de l’année » n’aurait pas pu être financé sans Netflix, et ne sera pas vu en salles (excepté un bref passage dans les cinémas américains). 

Un cinéma hors limites

Mais on peut aussi voir « The Irishman » comme un traité pour aborder le cinéma qui vient. Un cinéma hors limites.  Les acteurs rajeunis par la technologie ne sont plus De Niro, Pesci ou Pacino jeunes, ce sont des héros d’un temps spiral où les traits jeunes co-existentavec les corps vieux. 

Le format de 3H30, utilise le temps comme une matière à ressentir et pas comme une ligne d’évolution scénaristique. Le pacte cinématographique qui voudrait un début et une fin, en est en définitive rompu. 

Enfin, la réception du film est conçue infinie et multiple. Quoiqu’en dise Scorsese, qui refuse qu’on le regarde sur des téléphones, The « Irishman » existe comme objet délinéarisé accessible et découpé sur toutes formes d’écran.

Au vrai, le film de Martin Scorsese apporte les plus précieuses pistes d’évolution du cinéma face à cette révolution temporelle, artistique et industrielle qu’est le numérique. Ce n’est pas un film d’agonie c’est un film de renaissance.

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