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Edmond de Goncourt

Pourquoi les listes de prix littéraires sont plus importantes que les Prix

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Avant l’automne des compromissions, les listes de Prix sont de véritables ZAD de la littérature.

Edmond de Goncourt
Edmond de Goncourt Crédits : Universal Images Group - Getty

En cette saison de récompenses littéraires, la course de petits chevaux ne fait que commencer, et les premières sélections annoncées par les différents jurys constituent une sorte de parenthèse enchantée. Une utopie qui échappe encore partiellement aux manœuvres des éditeurs.

De l’aveu de Bernard Pivot lui-même, le président de l’Académie Goncourt, c’est le moment le plus important. Celui où un prix littéraire exprime sa personnalité, son identité. 

Plus tard il faudra négocier, convaincre, ou encore intégrer des paramètres tout à fait extérieurs, et in fine voter pour un ou une lauréate, mais la première sélection d’un prix ressemble à une sorte de déclaration d’indépendance. Elle dessine les contours d’un micro état de la littérature, une ZAL, Zone d’autonomie littéraire.

C’est par exemple l’occasion cette année pour le Goncourt d’intégrer pour la première fois Amélie Nothomb, marquant le virage que constitue Soif, son dernier roman, dans son œuvre. Une liste propose une radiographie à l’instant T du champ littéraire et de la définition qu’elle se fait de la littérature. A ce titre, la présence de Nothomb sonne comme la volonté de déjouer les clichés qui entourent l’auteure, et de court-circuiter les spéculations de la presse. Car une liste de prix s’émancipe aussi de l’exégèse de la rentrée littéraire, et des thèmes à la mode, non sans une certaine facétie et un goût prononcé pour la surprise. 

Souvenez-vous de la rentrée 2014, quand Le Royaume d’Emmanuel Carrère, tant attendu parmi les favoris, n’avait même pas été retenu dans la liste du Prix Goncourt. Ce qui est différent de l’absence de Yann Moix dans cette même liste cette année, car si certains ont décidé d’en faire un événement en soi, c’est davantage pour la polémique qui entoure l’auteur que le potentiel goncourable de l’ouvrage.

La première liste d’un prix s’apparente également à une ZAD littéraire par le simple fait que des sensibilités plus frondeuses, innovantes ou marginales peuvent s’y exprimer. A ce moment précis, tel ou tel membre du jury peut encore imposer un choix très personnel. Faire découvrir un ou une auteure, porter une audace, offrir une exposition à une petite maison d’édition.

Avant que j’oublie d’Anne Pauly, premier roman paru chez Verdier, n’aura peut-être pas le Goncourt mais sa présence dans la première liste encourage une voix. Drolatique, sonore, d’une justesse confondante, sa plume fait le portrait d’un père disparu, et de cet amour filial maladroit mais pourtant irrépressible pour un homme que tout porte à détester, à commencer par les corrections qu’il infligeait à sa femme.

Enfin, j’ajouterai que ces premières listes portent en elles une dramaturgie supplémentaire. Un enjeu vital. C’est le temps pour un prix de prouver à nouveau sa nécessité. De refonder son alternative. A fortiori dans un pays qui compte près de 2000 récompenses du genre… Bien sûr parmi les titres retenus par le Goncourt et le Renaudot, il existe des doublons - trois au total cette année - mais chacune des sélections reste stratégique et se refuse à moutonner. 

Au vrai, l’intention qui anime les listes suscite une excitation bien plus enviable que le résultat final, c’est l’espoir avant le démantèlement.

par Mathilde Serrell

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