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 Les prix continueront-ils encore de drainer les ventes de livres ?

Prix littéraires, ça eut payé ?

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Qui dit première moisson de prix littéraires cette semaine dit nouveau tour de manivelle dans les imprimeries. C’est une loi générale de l’édition, une mécanique des prix à laquelle on peut semble-t-il encore se fier.

 Les prix continueront-ils encore de drainer les ventes de livres ?
Les prix continueront-ils encore de drainer les ventes de livres ? Crédits : AFP

Mais pour combien de temps ? Derrière la stabilité apparente des statistiques, les certitudes s’émoussent. Les prix continueront-ils encore de drainer les ventes de livres ? En apparence oui, mais dans la guerre de l’attention, le livre doit se trouver de nouveaux propulseurs. C’est ma théorie.

Pour vous donner quelques chiffres qui vont bien : les Éditions de L’Olivier prévoient une réimpression du roman goncourisé de Jean-Paul Dubois à 220.000 exemplaires. Il s’en était vendu 46 000 avant le prix, pour un tirage à 110 000. Avec le bandeau rouge du Goncourt et les futurs cadeaux de Noël, l’ouvrage pourrait atteindre, comme les autres Goncourt, environ 367 000 exemplaires - si on en croit la moyenne réalisée par l’institut GFK entre 2014 et 2018. 

Quant à Sylvain Tesson, prix Renaudot, il en est déjà à sa cinquième réimpression avec 140.000 exemplaires vendus pour un tirage à 180.000, qui sera relancé de 200 000 exemplaires avec l’obtention du prix.

Voilà, en quelque sorte pour « les trains qui arrivent à l’heure », mais on aurait tort de ne scruter que cet effet de loupe. L’année dernière déjà, s’était observé un certain essoufflement déjouant la règle qui veut que les ouvrages récompensés se transforment en best sellers. Et de manière générale, en 2018, le secteur a enregistré la plus forte baisse des ventes depuis dix ans.

Dès lors, le rôle de locomotive découvreuse des différents prix littéraires peut sans doute être réexaminé. Non pas qu’il faille y renoncer, mais plutôt l’envisager dans un nouveau contexte. Et quel est-il ? Les assises du livre numérique qui étaient organisées hier à Paris par le Syndicat National de L’Édition, ont fait remonter quelques pistes intéressantes. 

Il faut notamment prendre en compte les données sur les pratiques culturelles des Français qui dénotent d’un changement profond de paradigme. Au siècle dernier, on pouvait encore considérer que la démocratisation de l’accès aux études engendrait une augmentation du nombre de lecteurs. Or ce principe de vases communicants ne fonctionne plus depuis une quarantaine d’années. 

Avec la massification de la culture des écrans, avant même l’arrivée du numérique, le temps de lecture s’est vu furieusement concurrencé. Et si par le passé, les populations les plus aisées et statistiquement plus lectrices disposaient davantage de temps que les classes ouvrières, statistiquement moins portées sur le livre et moins dotées en temps libre, aujourd’hui l’équilibre a changé. Ce sont les classes populaires qui ont plus de temps libre, notamment contraint par le chômage, et les classes aisées qui ont un temps libre réduit et très concurrencé par d’autres loisirs que la lecture. 

Résultat : l’espace accordé au livre s’est en quelque sorte perdu en chemin. Et lorsqu’il existe, il a tendance à se concentrer sur les mêmes titres.

Pour encourager une « lecture diversifiée », appelons-là comme ça, il faudra donc déployer encore bien d’autres stratégies que les prix littéraires, ou la curation des libraires, des passionnés et des critiques. 

Demain, le livre, à l’image d’autres biens culturels, doit réinventer sa narration. C’est-à-dire la façon dont on parle de lui. Se glisser dans le flot numérique des réseaux avec une éditorialisation continue et renouvelée des ouvrages proposés s’impose entre autres comme un hameçonnage nécessaire. Non pas qu’il faille en finir avec les propulseurs d’antan, mais c’est certainement ainsi que le livre pourra, dans sa diversité, voler un peu plus de temps déconnecté.

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