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Une gerbe de fleurs déposée lors d'une cérémonie devant le Bataclan.

Quelles fictions pour les attentats du 13 novembre ?

3 min
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Contrairement à l'esthétique documentaire, qui se rapproche de l’événement, la fiction - face aux attentats - doit prendre des mesures d’éloignement. Sans quoi, non seulement elle est insupportable, mais elle n’agit pas sur les spectateurs. Loin des yeux = près du cœur. C’est ma théorie.

Une gerbe de fleurs déposée lors d'une cérémonie devant le Bataclan.
Une gerbe de fleurs déposée lors d'une cérémonie devant le Bataclan. Crédits : BENOIT TESSIER - AFP

Fluctuat Nec Mergitur : qui est battu par les flots mais qui ne sombre pas. Il y a quatre ans, juste après les attentats du 13 novembre, quand il a fallu trouver les mots, cette devise de Paris s’est imposée sur les places et les murs, virtuels comme physiques.

Depuis, d’autres mots et d’autres récits se sont succédé : témoignages, enquêtes, parcours,réflexions. Mais dans le cas de la fiction, les exemples sont plus rares, et davantage encore pour le cinéma et la télévision que pour les romans. 

C’est qu’il faut trouver avec le scénario, les images et l’interprétation la bonne distance. Contrairement à la forme documentaire, qui se rapproche (avec pudeur et respect bien sûr) de l’événement, la fiction cinématographique face aux attentats doit prendre des mesures d’éloignement. Sans quoi, non seulement elle est insupportable, mais elle n’agit pas sur les spectateurs. C’est ma théorie. Loin des yeux, près du cœur.

Face aux attentats, la fiction doit en effet réaliser le trajet inverse de celui qu’on enseigne dans les écoles de journalisme, plus le choc est mis à distance, plus il nous touche et nous engage. 

Dans la série documentaire en 3 volets Fluctuat Nec Mergitur, réalisée par les frères Jules et Gédéon Naudet, et diffusée en juin 2018 sur Netflix, le premier ministre de l’époque, Bernard Cazeneuve, témoigne. Le soir de ces attentats à Saint-Denis, dans les rues, les cafés et les terrasses de l’est parisien, mais aussi au Bataclan, il parle d’ "une monstruosité irréelle dont on ne sait plus si l’on va se réveiller ou si elle est réelle". Mais alors comment faire une fiction d’une séquence qui est déjà dans l’irréalité ? 

Si tant est qu’on ait réussi à déployer un récit fictif respectueux et digne malgré la faible distance chronologique qui nous sépare du traumatisme du 13 novembre 2015. D’ailleurs, la fiction de France 2 Ce soir-là et les jours d'après avait été tournée en décembre 2017 mais diffusée seulement cet été. Les familles des victimes jugeaient qu’il était trop tôt. Même si le film de Marion Laine avec Sandrine Bonnaire avait pris ses distances face à l’horreur de l’événement, représentant surtout les jours qui suivent du côté des rescapés et de leurs sauveurs.

Amanda de Mikhaël Hers, sortie l’année dernière, avec Vincent Lacoste se concentre aussi sur l’après, même si le réalisateur tente d’approcher l’événement en transposant les tueries, un jour d’été dans un parc, à Vincennes, là elles auraient pu se produire, et seulement quelque minutes après. En une scène se retrouve traduit à l’écran ce sentiment d’irréalité immédiate. 

De la même manière deux courts-métrages celui de Victor Dekyvère et celui d’Alexis Michalik ont réussi à retracer cette histoire récente, la nôtre, en s’approchant de cette irréalité par l’extérieur. Celle d’une mère qui cherche sa fille ou d’un groupe de jeunes qui vivent les événements du 13 novembre entre alertes, textos, et chaînes d’info en continu, depuis le huis clos d’une maison de campagne.

Et pourquoi faudrait-il en passer par la fiction ? Parce qu’elle permet par sa distance d’explorer les ambiguïtés, de sortir de l’état de sidération puis de réparation pour comprendre et se comprendre. Elle interroge sur ce qui s’est passé, et comment nous pouvons survivre et revivre.

par Mathilde Serrell

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