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Vincent Lindon, à l'édition 2018 du Festival de Cannes. L'acteur a tourné un éditorial intitulé "Aux oubliés de la start-up nation, il ne reste que la rue" pour le journal Les Echos.

Personnalités de la culture, une parole sociale impossible ?

3 min
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Au contraire d’autres causes, la question sociale reste un champ miné pour les personnalités du monde de la culture.

Vincent Lindon, à l'édition 2018 du Festival de Cannes. L'acteur a tourné un éditorial intitulé "Aux oubliés de la start-up nation, il ne reste que la rue" pour le journal Les Echos.
Vincent Lindon, à l'édition 2018 du Festival de Cannes. L'acteur a tourné un éditorial intitulé "Aux oubliés de la start-up nation, il ne reste que la rue" pour le journal Les Echos. Crédits : Anne-Christine POUJOULAT - AFP

Des personnalités de la culture, il est souvent attendu qu’elles s’engagent et se prononcent "pour" ou "contre". Mais contrairement à d’autres engagements (la planète, la guerre, les maladies) la question sociale reste un territoire de parole particulièrement accidenté et complexe. Pour résumer, il n’y a souvent que des coups à prendre. Voilà ma « première » théorie.

Un terrain miné

Que ces personnalités de la culture signent une tribune collective en soutien à "ceux et celles qui luttent" et l’on sent poindre un début de bâillement, voire un agacement à les trouver là où ils étaient attendus. Artistes et intellectuels "de gauche" évidemment, "solidaires" cela va de soi. 

Qu’ils ou elles se taisent, et on leur reprochera comme il y a un an, au début du mouvement des Gilets jaunes, de ne pas prendre fait et cause pour le combat social, et pour ce "peuple" dont personne ne s’accorde sur la définition. 

Si d’aventure telle ou telle personnalité se risque dans l’arène, il faudra le faire sans nuance. L’année dernière, c’est Franck Dubosc qui avait dû se "réconcilier" avec les Gilets jaunes après avoir tempéré son soutien à un mouvement qu’il jugeait sur une pente haineuse. 

Et en même temps, lorsque des acteurs du "monde de la culture" s’engagent d’un bloc sur les questions sociales, ils et elles se retrouvent pris au jeu de la caricature. C’est le comique Jean-Marie Bigard, qui appelait, pendant le mouvement des Gilets jaunes à partir "à la pêche aux gros". Et qui, croyant défendre le fameux "peuple", en avait écrasé toute une partie :"Mais les Gilets jaunes, ils travaillent ! C'est pas des clochards, c'est pas des demandeurs d'emploi, c'est pas des mecs qui veulent du fric, c'est des mecs qui bossent toute leur vie et puis le 20 du mois, ils n'y arrivent plus !" avait-il déclaré sur le plateau de Touche pas à mon poste sur C8 le 11 février 2019. Les sans-abris et les demandeurs d’emploi apprécieront.

Dans un tout autre registre, à propos de l’émotion suscitée à l’Elysée par le film Les Misérables sur les quartiers populaires, la comédienne Jeanne Balibar déclarait récemment : "Tant qu’il n’y a pas de bouleversement de la politique fiscale (…) c’est de la merde." Ou encore : "On voit des milliardaires devenus cent fois plus milliardaires qu’il y a vingt ans, et tout Chef d’État qui ne rapatrie pas cet argent aujourd’hui est un criminel". Si l’on devine les fondements de sa position, le discours, lui, sature autant dans les graves que les aigus.

Trop attendue, trop indifférente, ou encore trop caricaturale, la voix sociale de ces personnalités se trouve enfin contestée par un double présupposé : manque de compétence et manque de légitimité. Qu’en savent-ils et d’où parlent-ils ? Il faudrait semble-t-il à certains ou à certaines un diplôme d’économiste autant qu’un certificat de prolétariat pour pouvoir s’exprimer.

Un risque nécessaire, l'incarnation d'une lutte

Ma deuxième théorie c’est que cette parole en apparence impossible est un risque nécessaire, à condition d’être lucide sur sa portée.  À ce titre, l’exercice de l’acteur Vincent Lindon réalisé pour le site du journal Les Echos, esquisse un possible équilibre.

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À part agir, le ou la saltimbanque ne peut pas grand chose, certes. Mais parce que quand il parle, Vincent Lindon a conscience qu’il est aussi le vigile de supermarché de La loi du marché, le syndicaliste de En guerre  ou le maître-nageur solidaire des migrants de Welcome, soudain tout se passe comme si sa voix ne portait pas pour lui mais pour tous ces personnages. La parole sociale des artistes devient donc possible à condition de la prendre pour ce qu’elle est : une surface d’incarnation.

par Mathilde Serrell

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