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Le cinéaste Pierre Jolivet, président de de la Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (ARP) le 18 novembre 2019.

Deux ans après #Metoo, le cinéma français entre en phase de condensation

3 min
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Nous assistons aujourd'hui à un changement d'état dans le cinéma français, d’une prise de conscience « gazeuse » à la solidification de mesures tangibles.

Le cinéaste Pierre Jolivet, président de de la Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (ARP) le 18 novembre 2019.
Le cinéaste Pierre Jolivet, président de de la Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (ARP) le 18 novembre 2019. Crédits : François GUILLOT - AFP

Vous vous souvenez de vos cours de physique de CM2 ? Un rapide coup d’œil sur Internet et vous retrouverez le schéma du cycle de l’eau. On y voit parmi les différents stades, celui de la condensation, ce passage d’un état gazeux à un état condensé qui peut-être liquide ou solide.

Cet entre-deux, qui peut prendre par exemple la forme d’une rosée ou d’un brouillard givrant, décrit, pour moi, assez bien, la situation dans laquelle se trouvent le cinéma français, et la culture en général, deux ans après MeToo. Nous voici entrés dans une phase de condensation. C’est ma théorie.

Un changement de cap dans la gouvernance des institutions du cinéma

Et ce changement d’état d’une prise de conscience encore « gazeuse » à un engagement plus tangible se mesure dans les institutions du cinéma français. 

Après s’être réunie en conseil d’administration ce lundi, la puissante ARP - la Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs qui regroupe près de 200 cinéastes - a voté la mise en place de nouvelles règles. Il s’agit de procédures de suspension pour tout membre mis en examen par la justice, et d’exclusion pour tout membre condamné, notamment pour des infractions de nature sexuelle. Sans le nommer d’abord, le président de l’ARP, Pierre Jolivet, a ensuite explicitement précisé que cette suspension concernerait Roman Polanski dont "l’information judiciaire est toujours en cours aux Etats-Unis et pour laquelle il a fait l’objet d’une mise en examen." L’ARP va donc appliquer à sa manière "la jurisprudence Edouard Balladur" qui veut que tout membre du gouvernement impliqué dans une affaire judiciaire présente sa démission.

Même si elle intervient 40 ans après la première affaire qui concerne Roman Polanski, cette nouvelle politique reflète une volonté de mise à jour. Le monde a changé, et on ne peut pas se mettre la tête dans un trou, a résumé Pierre Jolivet.

C’est aussi parce que ce monde a changé depuis MeToo, et deux ans plus tard, en France, après l’enquête de Mediapart et les déclarations d’Adèle Haenel concernant le réalisateur Christophe Ruggia, que des structures comme l’association des réalisateurs de films ou Unifrance ont réagi plus promptement que par le passé. Et ce n’est pas rien de le dire. 

La fin de la distinction entre l'œuvre et l'homme ?

Ces institutions, marquées en leur sein par un renouveau générationnel, ont souhaité accueillir et soutenir, d’abord et avant toute chose la parole de l’actrice, et la dénonciation d’un système. Engageant même, pour la SRF, une première procédure de radiation de l’un de ses membres, Christophe Ruggia.

La condensation prend forme jusqu’à la tutelle puisque le ministre de la Culture, Franck Riester, a déclaré dans un discours tenu lors des Assises de la parité et de la diversité au cinéma - mais sans citer de nom - que "le talent n’était pas une circonstance atténuante, et le génie pas une garantie d’impunité". Même s’il met en garde contre le "tribunal d’opinion" et les menaces qui pourraient peser la liberté de créer.

Dans ce moment de condensation s’est aussi imposé l’échec des appels au boycott du film J’accuse de Roman Polanski, qui, une semaine après sa sortie, s’est placé en tête du box office français. Se dessine alors, avec plus de succès, l’affirmation de positions personnelles libres de s’exprimer dans le débat public. Soit un entre-deux qui réfute la censure sans taire ses réserves.

La distinction œuvre et homme, ainsi que le système qui a permis aux abus de proliférer et d’être passés sous silence, entrent donc dans une phase globale de redéfinition. Mais personne n’y voit encore clair. Et on peut légitimement faire valoir que dans cette période de condensation, entre rosée et brouillard givrant, il serait dommage de perdre de vue la présomption d’innocence. Mais une chose est sûre, de l’état gazeux des symptômes, nous sommes entrés dans une première phase de solidification des remèdes. 

Mathilde Serrell

Ce week-end deux débats auront lieu (en anglais) dans le cadre de "Me Too, now what?' au théâtre du Châtelet à Paris avec entre autres Jessica Bennet (gender editor au New York Times) .

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