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Dany Boon et Guillaume Gallienne dans"Le Dindon" de Jalil Lespert

Pourquoi Feydeau est-il devenu un "doudou" comique ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Un siècle après sa mort, les pièces de Georges Feydeau sont des tubes que l’on joue encore et partout, même au cinéma. Or ce théâtre et cette langue pourraient se révéler bien plus contemporains et poétiques encore - et plus subversifs aussi - que la façon dont ils sont mis en scène aujourd'hui.

Dany Boon et Guillaume Gallienne dans"Le Dindon" de Jalil Lespert
Dany Boon et Guillaume Gallienne dans"Le Dindon" de Jalil Lespert Crédits : Julien Panié

Des portes qui claquent, des "Ciel mon Mari !", des "Allez donc, c’est pas mon père !" : un siècle après sa mort, les pièces de Georges Feydeau sont des tubes que l’on joue encore et partout, même au cinéma. 

Reconnu dans la culture classique et académique comme dans la culture populaire, Feydeau, malgré sa folie, est aujourd’hui une machine à consensus. Or ce théâtre et cette langue pourraient se révéler bien plus contemporains, plus poétiques - et plus subversifs aussi -  qu’on ne le montre aujourd’hui. Pour cela il faudrait cesser d’en faire au mieux un doudou comique, au pire un doudou réac'. C’est ma théorie.

La mécanique infaillible du rire

Depuis la première représentation de la pièce en 1896, puis son entrée au répertoire de la Comédie-Française en 1951, Le Dindon provoque toujours des "houles de rire" comme le disait joliment l'acteur Louis Seigner. Mais on rit toujours des mêmes choses…

Déjà estampillé "comédie de la rentrée", Le Dindon, adaptation de la pièce éponyme signée Jalil Lespert sort en aujourd’hui en salles, avec Guillaume Gallienne dans le rôle du goujat courtisan et Dany Boon dans celui du mari débile.

Sacha Guitry disait de Georges Feydeau que "ce qu’il avait en outre, et sans partage, c’était le pouvoir de faire rire infailliblement, mathématiquement, à tel instant choisi par lui et pendant un nombre défini de secondes". Cette horlogerie, cette mécanique infaillible, c’est cela que va mettre en avant l’industrie de la comédie grand public. 

Feydeau, garant de l’ordre moral. Vraiment ?

Une recette gagnante doublée d’un climat social très rassurant. Rassurant comme la France du Général. D’ailleurs, le film transpose la pièce dans les années 1960. S’écrit alors une histoire qui place les vaudevilles de Feydeau, les films de Louis de Funès, et les comédies populaires actuelles sur la même ligne. Feydeau - assez peu "dépoussiéré" au final - provoque le rire éternel des maris, des femmes, et des amants. Chacun à sa place. 

En 2013, lorsqu’il fallait débattre à l’Assemblée Nationale du remplacement des mots "père" et "mère" par le mot "parent" pour les couples homosexuels, un député UMP en avait appelé à la défense du théâtre de boulevard : que seraient les Labiche et Feydeau sans ces archétypes de la famille, dont la fameuse belle-mère ?

Faire de Feydeau le garant de l’ordre moral et social, c’est pour le moins un comble ! La transposition caricaturée de sa langue conduit ainsi à le réduire à une sorte de plat séculaire, une poule au pot du rire.

Or, comme le montrait Jean Cocteau, il y a une poésie chez Feydeau que ceux qui ne voient la poésie que dans le poétique ne peuvent pas voir. C’est aussi un théâtre de la cruauté et de la radicalité dans l’absurde. Or que ce soit au cinéma ou dans les mises en scène même les plus récentes, Feydeau continue de ronronner comme un tube. Prisonnier de sa mécanique inratable et si souvent ratée.

par Mathilde Serrell

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