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Comme dans le film, « Joker » est devenu l’emblème d’un combat antisystème qui prend des proportions qui le dépasse.

Bal masqué de la révolte

2 min
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Avant même que ne débute Halloween, les masques et les visages grimés sont déjà partout. Et sous ses différentes formes, cette profusion carnavalesque révèle les tensions du monde. C’est ma théorie.

Comme dans le film, « Joker » est devenu l’emblème d’un combat antisystème qui prend des proportions qui le dépasse.
Comme dans le film, « Joker » est devenu l’emblème d’un combat antisystème qui prend des proportions qui le dépasse. Crédits : AFP

Prenons l’exemple du « Joker ». Les manifestants au Liban, au Chili ou à Hong Kong ont pris les traits du personnage ambivalent du film phénomène de Todd Phillips. Ceux et celles qui portent son masque aujourd’hui en font une surface d’expression pour contester leurs dirigeants mais aussi la concentration des richesses par une caste dominante. Comme dans le film, « Joker » est devenu l’emblème d’un combat "antisystème" qui prend des proportions qui le dépasse. 

Marginalisé, frustré, humilié, la violence du personnage d’Athur Fleck futur « Joker » basculant dans une spirale vengeresse sanglante, passe donc au second plan derrière la critique qu’il porte en filigrane. 

Ainsi le costume de super vilain devient celui de super-héros. 

Bien sûr, dans ces mouvements, les visages de Joker côtoient les masques de Guy Fawkes inspirés du comics V pour Vendetta d’Alan Moore. Un personnage qui, pour le coup, incarne un véritable justicier en rébellion contre le parti fasciste qui a pris le contrôle d’une Angleterre en plein chaos, notamment suite à des dérèglements climatiques.

Ce même masque ayant déjà été utilisé par les activistes d’Anonymous ou les militants d’Occupy Wall Street, on voit comment les manifestants d’aujourd’hui puisent dans la symbolique pop et l’histoire des mobilisations récentes pour accompagner leur mouvement. 

Et il n’est pas anodin, que dans le cas du Joker comme celui de V pour Vendetta, on retrouve la trace d’Alan Moore (également auteur d’un Batman, The Killing Joke qui a fortement inspiré le film de Todd Phillips). Car Alan Moore, de sensibilité anarchiste, a toujours milité pour un art populaire qui aide les peuples à formuler un sens dans le monde complexe dans lequel ils évoluent.

Mais le passage du masque V pour Vendetta à celui du Joker, indique aussi une évolution vers un rictus plus polysémique et nihiliste. D’ailleurs, c’est un masque que l’on va aussi bien retrouver sur un manifestant anti-Trump, que sur une affiche qui grime le visage du Premier ministre britannique, Boris Johnson, en Joker….

Qui est le Joker ? La masse contestataire ou le bouffon maléfique? Le signal se trouble dans le cycle des interprétations.

Boris Johnson étant lui-même devenu un personnage qui inspire les costumes d’Halloween en Angleterre, l'incarnation d’un super méchant dont les enfants reprennent l’allure tout en perruque blonde et en costume cravate.

Dans ce monde en cosplay, masques et déguisements sont devenus le reflet des tensions sociales et politiques. Ils renouent avec l’esthétique carnavalesque du renversement. Mais plus personne ne maîtrise le sens de ces surfaces de fiction.

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