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Femmes de Tahiti (1891), Paul Gauguin

La politisation de la culture et ce qu’elle nous fait

3 min
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Spontanément, je n’ai pas envie de me poser des questions telles que « faut-il arrêter de regarder Gauguin ? »

Femmes de Tahiti (1891), Paul Gauguin
Femmes de Tahiti (1891), Paul Gauguin Crédits : Corbis Historical - Getty

Dans les années 60 tout était politique, de la façon de filmer à celle d’aller au théâtre, ou même de commander une bière. Et puis après des décennies de vie culturelle, marquées parfois par l’engagement, mais libérées d’une lecture systématiquement politique, nous y voilà replongés.

Je ne dresserai pas ici la liste des cas qui viennent étayer ce sentiment, il vous suffit de vous tenir, même passivement informés, pour constater que les controverses qui touchent les œuvres de l’esprit et de l’imagination sont omniprésentes. Mais ma théorie, c’est que soustraire les œuvres à ce nouveau regard, n’est pas une solution. Que cela nous plaise ou non, cette époque qui est la nôtre, ne fera pas autrement.

Un regard présent sur des œuvres actuelles

Bien sûr quand l’Histoire est passée par là et qu’elle a trié c’est plus simple. Mais comment fait-on dans un présent qui ré-ouvre toutes les alternatives y compris en convoquant sans cesse le passé à la barre ?

Spontanément, je n’ai pas envie de me poser des questions telles que « faut-il arrêter de regarder Gauguin ? » pour reprendre un édito du New-York Times à propos de l’exposition du peintre postimpressionniste à Londres. Ou encore faut-il cesser d’écouter Michael Jackson ? Ou encore faut-il mettre des avertissements avant les classiques de Disney qui peuvent contenir je cite « des représentations culturelles dépassées ».

Il y a certes un anachronisme constant aujourd’hui, qui regarde des œuvres contextuelles depuis le point d’évolution que nous traversons, et leur demande des comptes. Mais c’est bien parce que la forme du temps, qui n’est plus linéaire dans sa perception, a changé, que cette coloc’ passé/présent opère. Peut-on dès lors se dérober à cette question de la mise à jour ? Même si de toute évidence, dans la précipitation et la fureur, elle semble impossible. 

Saisir l'anachronisme comme une chance de s'interroger

D’autant que la question est très mal posée à partir du moment où elle consiste à se demander s’il faut évacuer ces œuvres de notre regard. Comme si la suppression était une réponse. Pour autant, on aurait tort de refuser, par principe, toute réévaluation « anachronique ». Tant il y a à ouvrir, à déplier, à complexifier, à renseigner, en laissant ensuite à chaque lecteur- regardeur-spectateur la liberté de se faire son avis. 

Je sais c’est inconfortable, fatiguant, voire inquiétant, si de ces débats devaient surgir de nouvelles formes aseptisées. Pourtant j’ai aussi envie de vivre ces interrogations comme une chance de repenser, pourquoi pas contre soi, et de voir se dessiner de nouveaux équilibres.

Quant à la politisation des œuvres du présent créatif et la politisation de gré ou de force de leurs auteurs, parfois au travers d’évènements passés, voire passés sous silence, chacun peut la refuser. Comme l’ancien critique d’art du Guardian, Waldemar Januszczak, qui rappelle notamment qu’ « on ne se confronte pas à l’art pour devenir de meilleurs citoyens ». 

Mais ce qui devient soudain audible ou visible dans l’espace public, ouvre une discussion conflictuelle. Peu rhétorique souvent, excessive, littérale et manichéenne certainement, pourtant celle-ci fait de la culture à nouveau un espace où se repense les enjeux de pouvoir. On peut s’en méfier ou s’en extraire, rien n’y changera, autant se débrouiller le plus sincèrement avec.

par Mathilde Serrell

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