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Jean Dujardin et Roman Polanski, à l'avant-première du film du Daim.

La France, "asile culturel" des bannis de #MeToo ?

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Ici on sait faire preuve de zèle en matière de présumés agresseurs à fort capital symbolique.

Jean Dujardin et Roman Polanski, à l'avant-première du film du Daim.
Jean Dujardin et Roman Polanski, à l'avant-première du film du Daim. Crédits : Bertrand Rindoff Petroff - Getty

La France serait-elle devenue une terre d’asile culturel pour cinéastes bannis par #MeToo ? En tous cas, voici l’image qui se dessine outre-Atlantique et ailleurs dans la presse étrangère. Celle d’un pays passé du sulfureux "french kiss" à l’amicale des artistes soupçonnés ou poursuivis dans des affaires d’abus sexuels.

Ma théorie c’est que si ce jugement relève de la caricature, il révèle notre vision excessive de la sacro-sainte exception artistique.

Festivals, rétrospectives, cérémonies officielles : ici, on tient à la distinction farouche entre l’œuvre et l’homme et tant pis si certaines mises à l’honneur posent problème. "Il faut faire la différence entre le cinéaste et la personne" martelait encore Catherine Deneuve il y a quelques jours pour répondre aux polémiques qui entourent Woody Allen et Roman Polanski (poursuivi aux États-Unis pour le viol d'une adolescente en 1977).

Cette année, c’est elle qui présidera le jury du Festival du film américain de Deauville, premier festival international à dérouler le tapis rouge au nouveau long-métrage de Woody Allen, qui reste encore privé de sortie aux États-Unis. Les deux principales vedettes de "Un jour de pluie à New York", Timothée Chalamet et Elle Fanning, ont par ailleurs reversé leurs cachets au mouvement "Time's Up" (crée dans le prolongement de #MeToo). Une façon de ne pas occulter les accusations d’agressions sexuelles portées à l’encontre du réalisateur par sa fille adoptive.

Mais il n’y a pas que la France pour défendre Woody Allen. Scarlett Johannson vient de le faire dans une interview qui fait les gros titres de la presse. Je remarque cependant qu’elle prend en compte le contexte actuel. Mais ici les Frenchies peuvent rejeter en bloc toute polémique confondant l’œuvre et les accusations qui pèsent sur l’homme.

Séparer l'homme et l'artiste : un clivage très français... devenu arbitraire ?

Il ne s’agit pas de censurer Polanski ni Woody Allen ni de les refuser des festivals, mais de reconnaître que la question reste délicate. Et que la France sait faire preuve de zèle en matière de présumés agresseurs à grand capital symbolique. Laurent Lafitte n’avait-il pas évoqué, avant que le mouvement MeToo ne prenne voix, ce "puritanisme américain" qui poursuit Roman Polanski.

Depuis MeToo, la France est même devenue championne en matière de défense des artistes "victimes" des nouvelles censures féministes. Dans cette catégorie, c’est l’écrivain Pascal Bruckner qui détient la palme. Avec sa question à triple points Godwin posée à Roman Polanski (dans le dossier de presse du film "J’accuse") : "En tant que Juif, pourchassé pendant la guerre, et en tant que cinéaste persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au maccarthysme néoféministe aujourd’hui ?" Les féministes sont à la fois comparées aux nazis, aux staliniens, et aux anti-communistes américains qui censuraient de nombreux cinéastes. Et Polanski de répondre que sa persécution, y compris celle imposée par la situation actuelle, l’a beaucoup inspiré pour son film sur le capitaine Dreyfus. Aux États-Unis et ailleurs, la presse est estomaquée.

La question de l’artiste et de l’homme, se renouvelle, évolue, débouche sur de nouveaux questionnements que personne au XXIe siècle n’a encore tranchés, voilà les faits. Mais pourquoi la France continuerait-elle à rejeter l’idée-même que ce soit questionné ? Comme le montrait Blanche Gardin dans ce sketch, il y a une rigidité plus qu’arbitraire en la matière.

Ne serait-il pas temps d’évoluer avant de finir par avoir honte ?

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