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Le film "J'accuse" de Roman Polanski, à l'affiche d'un cinéma parisien en novembre 2019.

Polanski, peur sur la ville

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Dans la séquence de transformation qui est la nôtre, cette polémique qui se s’arrête plus autour du film "J'accuse" nous lance un défi institutionnel. Qu’en est-il du pouvoir des municipalités dans la déprogrammation d’un film ?

Le film "J'accuse" de Roman Polanski, à l'affiche d'un cinéma parisien en novembre 2019.
Le film "J'accuse" de Roman Polanski, à l'affiche d'un cinéma parisien en novembre 2019. Crédits : MARTIN BUREAU - AFP

Il est des polémiques qui s’éteignent aussi vite qu’elles se sont embrasées, d’autres qui perdurent sur des braises incandescentes, prêtes à repartir au moindre souffle.  Celle qui entoure le film J’accuse et son réalisateur Roman Polanski fait partie de cette catégorie. 

Titré sur ces mots "On essaie de faire de moi un monstre", l’entretien exclusif avec le cinéaste publié à la Une de l’hebdomadaire Paris Match n’aura fait que relancer la machine. Je ne m’y arrêterai pas ici. Il est clair que le cas Polanski cristallise des questions profondes, qui, à tort ou à raison, en ont fait le nom d’un système. Quant à son film, il se retrouve à endosser celui de symbole. 

Ma théorie, c’est que dans la séquence de transformation qui est la nôtre, cette polémique qui se s’arrête plus nous lance un défi institutionnel.

Évidemment au niveau de la Justice. Évidemment au niveau des institutions culturelles – la question de l’adhésion ou la mise à l’honneur d’artistes qui font l’objet de poursuites judiciaires se pose désormais. Mais aussi à autre échelon : celui de la ville.

Qu’en est-il du pouvoir des municipalités dans la déprogrammation d’un film ? 

Comme l’ont rappelé les cinéastes de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) : « Il n'est aucunement dans les prérogatives d'une collectivité territoriale de déprogrammer une œuvre, même dans un établissement dont elle a la tutelle. La déprogrammation ne peut être éventuellement prononcée que par une juridiction ». Pourtant les cas d’annulations se multiplient.

Fin novembre, une semaine après la sortie de "J’accuse", le film avait failli être retiré de l’affiche des six salles de Seine-Saint-Denis, gérées par un Établissement public territorial. Le président d'Est Ensemble était revenu sur sa décision, mais l’on se souvient de l’alerte lancée par Stéphane Goudet, le responsable du cinéma Le Méliès à Montreuil sur son compte Facebook le 19 novembre dernier : « Nous demandons dès à présent à nos élus la liste des cinéastes dont nous n'aurons plus le droit de programmer les films et la définition de leurs critères. Un comité de vérification de la moralité des artistes programmés est-il prévu, puisque la liberté individuelle des spectateurs n'est pas suffisante ? »

La question continue de se poser puisque le cinéma Le Luxy d’Ivry sur Seine dans le Val de Marne a dû annuler les séances de J’accuse prévues le week-end dernier et les séances à venir. Dans un argumentaire funambulesque, il est précisé "qu'il n'appartient pas au pouvoir politique de sélectionner les œuvres", et que la municipalité en laissant d’abord programmé le film a fait acte de "non censure." Expression au passage problématique, la défense de la liberté de diffusion des œuvres ne suffisait-elle pas ? 

Bref, toujours est-il, que selon le communiqué de la Mairie « aujourd'hui, les conditions ne sont pas réunies pour que le film soit projeté ». Des manifestants ayant tenté d’annuler une séance vendredi dernier, la municipalité dit entendre que ce choix de programmation puisse « être compris comme entretenant la culture du viol.» 

À Montpellier, deux séances sont également annulées ce week-end au cinéma municipal le Nestor Burma. « Il n’y a pas de jugement sur le film ou sur Roman Polanski. C’est juste le contexte qui fait qu’aujourd’hui le lieu municipal n’est pas approprié (...) ni cohérent avec l’engagement de la ville contre les violences faites aux femmes » a expliqué Caroline Navarre , la déléguée aux Droits des femmes de la ville de Montpellier.

La prise de conscience individuelle qui conduit chacun à réévaluer son rapport aux œuvres et à leurs auteurs, et la prise de conscience collective qui poussent les institutions à faire évoluer leurs fonctionnements sont une chose. Que des villes jouent le rôle de censeurs culturels en est une autre. À l’approche des municipales de mars prochain, le cas Polanski nous met face à cette préoccupation.

par Mathilde Serrell

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