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Michel Sardou

De Bowie à Sardou, comment mettre un point final à son art ?

4 min
À retrouver dans l'émission

En la matière il existe deux écoles, la rhétorique des adieux et l’esthétique de la disparition.

Michel Sardou
Michel Sardou Crédits : Bertrand Rindoff Petroff - Getty

« Il arrive un moment où on a tout dit » : la citation est de ? Michel Sardou ! Une fois élevé au rang d’artiste, le plus dur c’est de quitter la scène. Maîtriser son art c’est maîtriser son achèvement, mais rares sont ceux et celles qui réussissent à le faire de leur vivant. D’ailleurs, pourquoi essayer de battre la mort sur ce terrain ?

Ma théorie c’est qu’en la matière il existe deux écoles : la rhétorique des adieux et l’esthétique de la disparition.

Dans la catégorie rhétorique des adieux, cela vous aura peut-être échappé, mais cette semaine Michel Sardou a confirmé qu’il arrêtait définitivement de chanter. Non sans provoquer, il est vrai, quelques rires narquois de soulagement. Ses  chansons-casseroles "Le temps béni des colonies" ou "Je suis pour" -  interprété comme un plaidoyer pour la peine de mort – l’ont progressivement installé dans le rôle du réac' qu’on adore détester. Et ses récentes sorties sur sa haine de notre époque ont encore grossi le trait. 

Du reste, que l’on aime ou pas Michel Sardou, force est de constater qu’il fait une sortie de scène tout à fait maîtrisée. Un véritable plan-média des adieux. Une interview au ton très "Tonton flingueur" dans Le Parisien, un hors-série du Point "Tout sur Sardou" et dimanche soir sur France 2, les honneurs d’une caution jeune, Maître Gims.

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Certains hommages frôlent le dommage, mais enfin, Sardou quitte fièrement la piste. Refusant de continuer à chanter ses vieux tubes, de faire l’album ou la tournée de trop. En prime, un dernier opus qui s’est classé juste derrière "La fête est finie" d’Orelsan, et l’intention affichée de ne pas faire partie du clan des faux départs : voir Sheila en larmes à l’Olympia en 1989 qui chante Je suis venu te dire que je m’en vais à son public effondré, et qui est encore en tournée à l’heure où je vous parle. De toute façon, dans la musique, les faux adieux sont légion, que l’on songe encore à Aznavour ou même à Joséphine Baker qui, après deux fausses sorties en 1956 et 1964, rejoue en 1968 à l’Olympia pour avoir de quoi entretenir ses 12 enfants adoptifs et son château des Milandes. Au moins la chose est transparente, tandis que l’argument « tournée d’adieu » continue  lui de gonfler la billetterie des indéboulonnables Stones ou d'Elton John.

Mais ma théorie c’est donc que cette rhétorique des adieux, définitifs ou provisoires, se distingue d’une véritable « esthétique de la disparition ». Pour reprendre la formule du Traité de la mort sublime publié récemment par Daniel Salvatore Schiffer.

Dans la catégorie esthètes de la disparition, de leur vivant, on pense bien sûr à J. D. Salinger. Le romancier qui s’évapore deux ans après le succès de L’Attrape-cœurs. Mais la disparition la plus artistique de toutes reste celle de Bowie (né la même année que Sardou d’ailleurs)…

Se sachant condamné, Bowie clôt sa carrière au sommet de son art dans un disque-tombeau Blackstar, 28e album paru tout juste deux jours avant sa mort. Il y boucle alors sciemment la boucle de son premier succès, Space Oddity, dans un point final profondément mystique. Car ce qui distingue les faiseurs d’adieux des esthètes de la disparition, c’est que les uns s’adressent au public, les autres à l’éternité.

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