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Tom Cruise et Dustin Hoffman dans le film Rai Man (1988)

Les troubles autistiques à l’écran, une histoire de points de vue

6 min
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Si le regard sur les troubles autistiques a évolué, la fiction et le documentaire s’en sont fait le miroir, à moins que ce ne soit le regard porté sur ces troubles, à l’écran, qui ait fait évoluer la perception que nous en avons.

Tom Cruise et Dustin Hoffman dans le film Rai Man (1988)
Tom Cruise et Dustin Hoffman dans le film Rai Man (1988) Crédits : United Artists

Ma théorie est assez simple, la vérité se situe entre les deux. Mais une chose est sûre, dans cette histoire jumelle, nous avons franchi des étapes.

Dans la fiction, il suffit de se saisir de l’écart qui sépare le film « Rain Man » il y a un plus de trente ans, de la série « Atpycal » sur Netflix dont la troisième saison débutera le premier novembre.

En 1988, Dustin Hoffman est le frère autiste de Tom Cruise dans « Rain Man » de Barry Levinson. La démarche de Dustin Hoffman, sa posture physique, ses intonations, sont encore caricaturales. Et surtout, l’autisme se résume à sa forme Asperger, c’est à dire celle de troubles qui cohabitent avec le génie dans certains domaines. Or les troubles autistiques sont bien plus multiples et il y a presque autant de profils que de cas. Mais dans le film, Dustin Hoffman est donc ce génie du calcul qui va se révéler à son frère, Tom Cruise, dans la fameuse scène des cure-dents.

« Rain man » film très populaire va néanmoins éloigner cette image de l’autisme comme une effrayante folie. Il y a de la tendresse et du vrai dans ce personnage qui dit en permanence qu’il est un excellent conducteur et qui plante la voiture au premier essai. Ou lorsque Tom Cruise lui demande comment c’était d’avoir embrassé une fille et que Dustin Hoffman lui répond « humide ».

À l’autre bout du spectre en 2019, la série « Atypical » de Netflix, dont le succès a conduit à une troisième saison, réussi un pari prodigieux. Elle est centrée sur un jeune homme qui est atteint de troubles autistiques, qui n’a pas de génie particulier, et surtout, qui est le narrateur de l’histoire. La fiction adopte son point de vue, et ça change tout.

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Dans « Atpypical », les stéréotypies, ces gestes obsessionnels, dans une situation stressante ou potentiellement stressante (bruits, lumières, interactions inattendues) se manifestent dans le flux du personnage. Nous ne les observons pas, nous les vivons avec lui et presque dans sa logique.

Dans ce dispositif la question de la norme est dépassée, et la série sert de double révélateur :  permettre à des personnes atteintes de troubles autistiques de montrer ce qu’elles ressentent, et permettre à celles qui n’en sont pas atteintes de relativiser leur propre normalité. Aussi le personnage de Sam qui est passionné par les pingouins, les manchots, et l’Antarctique, tente de s’inspirer de cette science pour comprendre les « neurotypiques » ces autres qui ne sont pas atteints du même trouble que lui, et qui se comportent du coup étrangement à ses yeux… Si on rit avec Sam de ses échecs, en le voyant tenter d’appliquer à lettre et en les énonçant, les techniques de drague qu’on lui a apprises ou qu’il a cherchées sur Youtube, on en voit en même temps l’absurdité. « Atypical » fait de l’autisme le révélateur de la nature de nos liens, de la cellule familiale aux rencontres amoureuses.

Voilà le chemin parcouru sur le plan de la fiction. Mais dans le champ du documentaire, il faut noter certaines étapes essentielles. En 2008 « Elle s’appelle Sabine » de Sandrine Bonnaire sur la question de la prise en charge des personnes atteintes de troubles autistiques, et sur l’impasse que représentent pour elles l’hôpital psychiatrique. Et en 2011 « Le mur : la psychanalyse face à l’autisme » de Sophie Robert, une enquête qui démontre par l’absurde l’inefficacité de la psychanalyse comme traitement de l’autisme. 

Enfin, une forme hybride, qu’on appellera documentaire d’art et d’essai, est parvenue récemment à produire deux magnifiques portraits d’autistes-artistes. En 2016 «Dernières nouvelles du Cosmos » de Julie Bertucelli sublimera l’autiste non verbale et poétesse Babouillec dont les mots me traversent encore : «Je suis Babouillec très déclarée sans parole. Seule enfermée dans l’alcôve systémique, nourricière souterraine de la lassitude du silence ». Et tout récemment, « Quelle Folie » de Diego Governatori, qui accompagne dans un dialogue itinérant, Aurélien, autiste, artiste et écrivain à sa manière de son trouble. Quand il explique pourquoi il lui est si difficile de communiquer ses idées Aurélien a cette formule « c’est comme si aucun point ne pouvait constituer un départ possible ». À l'écran comme dans la vie, il faut trouver les moyens de rentrer dans ce flux.

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