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Françoise Sagan en 1958

Nouveau roman de Françoise Sagan : inédit ou avatar ?

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« Les quatre coins du cœur » est un inédit composite de Sagan, qu’elle aurait écrit en partie au début des années 80 puis à l’aube des années 90. Seulement, à le lire, il s'agirait plutôt d’un roman généré par une intelligence artificielle « saganesque ».

Françoise Sagan en 1958
Françoise Sagan en 1958 Crédits : Express - Getty

Il n’en est rien concrètement, puisque le fils de Sagan, qui signe la préface, décrit deux ou trois ans après la succession, la découverte au milieu des dossiers de ces photocopies de textes dactylographiés, reliées en deux volumes. Mais sur le plan de l’écriture ce roman ressemble à celui d’un répliquant de Sagan. Ou encore l’équivalent littéraire de son hologramme.

Tandis qu’on fait remonter sur scène, après leur mort, les doubles numériques de Tupac, Maria Callas ou Abba, certains ouvrages posthumes donnent une sensation assez proche de ce type de simulacres. Car il y a posthume et posthume.

De grands textes publiés après la mort de l’auteur, inachevés parfois, comme c’est le cas de celui-ci, il en existe. Tout n’est pas affaire de fond de tiroirs. Citons Camus, Bolaño ou Fitzgerald, entre autres. Mais ces œuvres, comme le souligne un dossier de la revue en ligne « Salon Double », ont su révéler ou enrichir une écriture, montrer l’amorce d’une nouvelle recherche, ou encore offrir par leur apparition anachronique une lecture précieuse de notre monde contemporain. Cet inédit de Sagan ne correspond à aucun de ces profils. 

On peut s’amuser du personnage du père, Henri, qui semble tout ignorer du consentement et penser qu’on annonce son avenir à une femme sans la consulter, mais c’est si peu.

Il est donc là le « livre mystère » dont la presse bruissait cet été, tiré à 80 000 exemplaires et proposé « à l’aveugle » aux libraires? Bonjour tristesse!

Jean-Marc Roberts, qui avait publié, enthousiaste, d’autres textes post mortem de Sagan, avait d’ailleurs refusé celui-ci. Après avoir un temps imaginé une réécriture par un auteur contemporain. Certaines pièces du puzzle ont depuis été réordonnées, Denis Westhoff, le fils, a comblé le trou de certains mots, mais le nouveau texte ressemble à une sorte de faux.

On sait que l’autrice de « Bonjour tristesse », « Aimez vous Brahms… » ou  « Des Bleus à l’âme », a commis de pâles dérivés pour combler des trous, financiers cette fois, mais pourquoi n’avait-elle pas tiré parti de ce texte-là ? Et jusqu’où celui-ci tient-il de l’avatar recousu ?

En réalité dans ce récit, on retrouve ses données de base, comme rentrées dans une machine à faire du Sagan. 

Une « demi-famille » bourgeoise, où l’incommunicabilité se dispute à l’indifférence, où les attaches tiennent du paraître, de l’illusion, du confort ou du pur évitement de la solitude, et où, au détour d’une phrase ou d’une situation, se glisse une vérité. 

Mais chercher Sagan dans l’inédit qui vient d’être exhumé, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Ici une phrase : « il régnait alors un puritanisme inversé nommé liberté », une autre « ce mépris perpétuel et noir de vous-même, cette machine à souffrir qui redevient, la nuit, bête gémissante sous les draps, et le jour, visage anonyme qui refoule ses larmes » ou encore une citation « le dur désir de durer » dont parle Eluard »… On s’accroche, on croit l’apercevoir, et aussitôt elle disparaît.

Il ne reste de la lecture que le sentiment d’avoir passé quelques heures avec un automate. « Très souvent, on ressent les impressions fausses d’une façon plus aiguë que les vraies » écrit Sagan dans cet inédit. C’est peut-être le cas, mais pour la paraphraser, par leurs invraisemblances mêmes, ces impressions de faux deviennent plus indéniables. 

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