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Un grafitti dans les rues de Paris

L’art pour relier les confinés

3 min
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Qu’ils soient virtuels ou réels, les murs sont l’un des lieux favoris de l’expression artistique pendant le confinement. Les nombreux défis artistiques ayant fleuri en ligne ont donné naissance à une nouvelle forme artistique : l’art en quarantaine permettant de relier les individus plus que jamais.

Un grafitti dans les rues de Paris
Un grafitti dans les rues de Paris Crédits : FRANCK FIFE - AFP

Je songe parfois à l’infinité de textes, d’images, de documents et d’archives que consulteront les historiens de demain quand ils se pencheront sur la crise que nous traversons. Et ce que ces matériaux leur révèleront de nous.

Parmi eux, il est une forme qui était appelée à exploser en période de confinement et sur une population, pas entièrement, mais largement convertie au numérique, c’est le défi. Lequel consiste en général à répondre de manière visuelle, textuelle ou sonore à une consigne donnée en ligne.

Les défis comme musée sociologique 

Nombre d’initiatives de ce genre ont été lancées depuis que la moitié de la planète est cloîtrée chez elle, restait à savoir lesquelles atteindraient le stade de phénomène.

Dans un premier temps, ce fut le « baby face challenge » à savoir poster sur un des multiples réseaux sociaux, une photo de soi enfant ou très jeune et inviter les personnes de son entourage à faire de même. Ainsi une chaîne infinie de visages poupons et de dégaines adolescentes déferla sur les comptes Instagram, Facebook, Twitter et j’en passe.

On venait y reconnaître l’autre, si différent, et pourtant déjà lui-même, on venait boire à une source de jouvence, de transparence, mais aussi de permanence dans un temps trouble et incertain. Ils m’ont parfois fait aussi la triste impression d’un mémorial ces visages exhumés de l’enfance. C’est que la mort rôdait et rôde encore, alors son ombre porte même dans ce genre de petites réjouissances.

Au vrai, ces défis constituent déjà un musée sociologique de notre vie au temps du covid et méritent d’être abordés en tant que tels. Voilà ma théorie.

Les murs ont la parole 

Autre défi très populaire, celui qui a été baptisé le « Getty challenge » du nom du Getty Museum de Los Angeles, qui a repris le concept de trois Hollandaises confinées. À savoir reproduire chez soi des scènes de tableaux de maître. Exemple : une femme avec une serviette sur la tête et une gousse d’ail en guise de boucle d’oreille se tourne légèrement vers l’objectif, et c’est « La jeune fille à la perle » de Vermeer.

La pratique n’est pas nouvelle, puisque la reproduction contemporaine et in vivo de grandes œuvres est une forme d’art dans l’art. Mais c’est l’explosion virale planétaire du concept qui est notable. Russie, Iran, États-Unis, Italie, Norvège, France, Hollande donc, et bien d’autres pays ont vu des dizaines de milliers d’internautes confinés jouer le jeu. Le choix de tel ou tel artiste ou de tel ou tel tableau révélant au passage les impressions des confinés, mais aussi les différents imaginaires en fonction des pays. Il y aura à mon avis plus tard, beaucoup à déplier sur les significations de ces différentes symbolisations.

Concernant le rapport à la culture, ce défi d’art en quarantaine est également un marqueur. Dans le Monde, Annelisa Stephan, qui s’occupe de la stratégie numérique du Getty Museum estime que « En ces temps où l’on parle beaucoup de l’économie et du système de santé comme d’activités essentielles, cela montre que l’art et la culture ne sont pas à négliger. C’est ce qui nous relie ».

Enfin, je voudrais conclure sur un dernier défi qui a particulièrement intégré cette notion de « traces » à l’adresse du futur, c’est celui de la sociologue Sarah Gensburger. Elle invite avec « Vitrines de confinement » à photographier les annonces, affichettes et pancartes croisées sur les façades, portes et devantures lors de vos brèves sorties. Celles-ci témoigneront de la façon que nous avons vécu le confinement. Car plus que jamais, virtuels ou réels, les murs ont la parole.

par Mathilde Serrell

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