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Les nouvelles saisons de la littérature

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#LaThéorie |Dans le monde d’avant, les prix littéraires, comme les feuilles, se ramassaient à l’automne. Cela s’appelait communément « la saison des prix » et une métaphore paresseuse désignait le plus souvent ces résultats comme des « moissons ».

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Le rituel était si bien ancré qu’il paraissait épouser une sorte de rythme naturel. Des arbres surchargés de livres à la rentrée littéraire de septembre, tombaient des ouvrages qui pourrissaient au sol sans même avoir pu être croqués, tandis que d’autres rattrapés dans le tamis des prix entraient dans la comptabilité de la récolte officielle. Or la crise du coronavirus le prouve, il peut tout à fait en être autrement. Ce calendrier plus artificiel que naturel pourrait tout à fait être modifié. Voilà ma théorie.

Initialement prévu en juin, le printemps des Goncourt vient d’avoir lieu. Pour mémoire, il a récompensé Maylis Besserie (camarade productrice à France Culture) du Goncourt du premier roman pour « Tiers temps », son Beckett à l’Ephad. Le Goncourt de la nouvelle est allé au recueil d’Anne Serre « Au cœur d'un été tout en or », le Goncourt de la biographie à la BD Hugo Pratt, trait pour trait de Thierry Thomas, et celui de la poésie à Michel Deguy. Il s’agissait de soutenir la réouverture des librairies le 11 mai, mais au fond ce léger décalage pourrait inspirer une plus vaste refonte du rythme de la vie littéraire.

Pourquoi n’y aurait-il pas chaque année un printemps des prix ? Pierre Astier, agent littéraire, a publié récemment une tribune dans Le Monde, qui va dans ce sens. « Le moment n’est-il pas opportun pour imaginer une autre saisonnalité pour la littérature » écrit-il. « Non plus un seul temps fort (l’automne), mais deux (l’automne et le printemps). Cela pourrait, cela devrait inévitablement passer par le déplacement de plusieurs prix littéraires, par exemple en avril, mai ou juin. Car pourquoi faut-il qu’autant de prix soient décernés au même moment de l’année ? ». Les Goncourt, Renaudot, Médicis, Fémina, Interallié, Décembre, Prix de l’Académie Française, Flore et j’en passe, ne pourraient-ils pas en effet être mieux répartis ? Et n’éviterions-nous pas au passage, un scénario déjà bien éculé, qui repose toujours sur le même canevas : les favoris de départ, les polémiques accélératrices, le jeu de pronostics et de reports d’un prix à l’autre, et enfin la fameuse « moisson ». Instantané biaisé de la floraison littéraire. Frénésie programmée, puis silence radio. 

Quand au rythme des sorties pourquoi ne pourrait-il pas lui aussi être modifié ? A ce jour, les deux saisons principales sont septembre et janvier. Des repères volumétriques car ils concentrent le plus grands nombre de titres, mais aussi symboliques car ils sont les plus suivis et les plus commentés. Or rien n’oblige à nouveau à se conformer à une telle répartition. A savoir passer d’une boulimie à une autre, achever très rapidement la carrière des livres parus en septembre, et relancer un nouvel épisode frénétique tandis que s’entassent encore des ouvrages à peine savourés et triés. Sans oublier le sort des sorties intermédiaires égarées entre ces deux pôles…

« Avec un étalement plus équilibré de la production éditoriale, les chances d’un plus grand nombre de livres seraient renforcée » note notre à nouveau Pierre Astier dans sa tribune.

Après l’embouteillage de printemps qui rattrape deux mois d’absence de mise en place dans les librairies, une rentrée plus frugale qu’à l’accoutumée se prépare face à la réduction de publications engendrée par la crise. Une nouvelle élasticité cette fois imposée par de réelles contraintes s’est donc imposée au calendrier littéraire, elle ne peut pas servir de nouveau modèle, mais cet ajustement ouvre en lui même la voie à un changement de rituel.

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