LE DIRECT
Le violoniste Renaud Capuçon vêtu d'une blouse blanche lors de la messe de Pâques célébrée à Notre-Dame de Paris ce vendredi 10 avril.

Notre-Dame, un modèle de résilience

3 min
À retrouver dans l'émission

A Notre-Dame, la messe de Pâques avait cette année quelque chose de surréaliste. Mais elle était aussi porteuse d'espoirs. En temps de pandémie, elle incarne un effroi mondialisé et un chemin de reconstruction. La Théorie du Jour tisse les liens unissant l'épidémie à l'incendie de Notre-Dame.

Le violoniste Renaud Capuçon vêtu d'une blouse blanche lors de la messe de Pâques célébrée à Notre-Dame de Paris ce vendredi 10 avril.
Le violoniste Renaud Capuçon vêtu d'une blouse blanche lors de la messe de Pâques célébrée à Notre-Dame de Paris ce vendredi 10 avril. Crédits : Ludovic Marin - AFP

« Post-apocalyptique » tel est l’adjectif qui s’est imposé devant cette incroyable scène : vendredi, une messe de Pâques était célébrée dans l’enceinte de Notre-Dame, quasiment un an après l’incendie de la cathédrale, et en pleine épidémie mondiale.

Combinaisons “tchernobyliennes” et décor de film post-apocalyptique

Dans leurs combinaisons blanches, d’une allure presque « tchernobyliennes », le violoniste Renaud Capuçon, la comédienne Judith Chemla et le comédien Philippe Torreton ont accompagné la cérémonie de textes et de musique. Comme Philippe Torreton l’a raconté lui-même, ils ont alors eu la sensation d’être « dans un film d’anticipation » et « de revenir sur un lieu de mémoire après une grande catastrophe nucléaire ».

C’est que Notre-Dame dans cette pandémie est devenue un symbole de résilience, voilà ma théorie. Elle incarne à la fois un effroi mondialisé et un chemin de reconstruction. Bien plus que de nombreux récits, celui de Notre Dame nous parle de ce que nous vivons, et peut nous aider à le traverser.

Le 15 avril 2019, les images de la cathédrale dévorée par les flammes ont saisi la planète entière, précipitée dans une émotion à la fois universelle et existentielle. C’était ce patrimoine rassembleur de l’humanité à la fois croyante et non croyante qui menaçait de partir en fumée. C’étaient l’instabilité de notre propre histoire et le vacillement d’un sentiment de permanence éternelle qui nous éclataient, encore, au visage.

Le combat commun de la reconstruction 

Cette instabilité soudaine et dramatique, cette rupture de la permanence, rapproche l’incendie de la cathédrale des temps de coronavirus qui sont les nôtres. De même, la bataille victorieuse qui s’est engagée pour sauver Notre-Dame ainsi que les questions que soulève sa reconstruction nous parle directement d’aujourd’hui.

Le caractère extrêmement instable de cette opération, le travail dans la peur, la patience dans l’urgence, l’incertitude des lendemains, et la certitude que chaque geste, chaque risque pris, résonnera plus tard dans l’Histoire : tout cela transparaît dans un documentaire que diffusera demain soir France 2 à 21H « Sauver Notre-Dame ». Il retrace l’épopée de ces néo-bâtisseurs —architectes, tailleurs de pierre, charpentiers, grutiers, échafaudeurs, cordistes et archéologues (entre autres)— qui ont permis à la cathédrale de survivre. À le regarder, je n’ai pu m’empêcher d’établir un parallèle entre le combat contre l’épidémie et celui pour le sauvetage de la cathédrale.

Bien sûr, les hommes ne sont pas les pierres, et la menace d’un effondrement n’est pas celle des ravages de la pandémie. Pour autant, l’invention de ce collectif, et sa lutte au chevet de l’édifice, se posent comme une métaphore du défi historique auquel nous faisons face. Et le destin de Notre-Dame en devient source d’espoir.

À ce titre, le texte de Charles Péguy interprété par Philippe Torreton vendredi a pris une résonance toute particulière. Il parle de la couronne d’épines et de souffrance du Christ qui est devenue aussi au même instant « une couronne faite de bourgeons et de boutons », « une couronne toute éternelle, toute en avance, toute gonflée de sève ». C’est l’image de la résilience de Notre-Dame que l’on devine ici, mais aussi celle du front fiévreux de l’humanité qui peut s’apaiser s’il parvient à tresser une nouvelle couronne.

par Mathilde Serrell

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Chroniques

8H55
5 min

Radiographies du coronavirus, la chronique

Hydroxychloroquine : primum non nocere
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......