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Faites comme cette personne, repoussez les polémiques

Polémiques culturelles, moins de personnification plus de fond

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Chez les Russes, bon silence vaut mieux que mauvaise dispute. Rien d’étonnant dans un pays qui a élevé la distanciation sociale à un art de vivre. Expression qui semble adaptée au confinement, tant les polémiques se font rares. Et si ce silence nous amenait à refuser de réfléchir comme hier ?

Faites comme cette personne, repoussez les polémiques
Faites comme cette personne, repoussez les polémiques Crédits : Fanatic Studio/Gary Waters/SCIENCE PHOTO LIBRARY - Getty

La valorisation des circuits courts dans l’alimentation fait partie des enseignements du « pendant » et des vœux de l’ « après ». J’ai également pu constater au sein de notre système de distribution d’informations matinale, les vertus du circuit court et c’est auprès d’une réflexion de mon camarade Hervé Gardette que j’ai trouvé à me nourrir.

Il faisait état il y a deux jours de la baisse de la pollution sonore en ces temps confinés. Concernant la culture, il me semble évident que nous assistons aussi à la réduction d’un bruit omniprésent, celui des polémiques. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’était une pollution, mais nous étions habitués au vacarme incessant de controverses multiples et variées.

Moins de bruits donc moins de polémiques ? 

Depuis la crise du coronavirus, et le confinement de la moitié de l’humanité, le volume des vociférations par tribunes interposées a soudain baissé. En surface du moins. Sur les réseaux sociaux, l’indignation suscitée par les premiers journaux de confinement et leur néo-romantisme de la claustra, nous a montré que l’épiderme des inégalités était toujours aussi rouge, et même furieusement brûlant à mesure que le virus rendait lesdites inégalités plus criantes.

Mais force est de constater que le rythme des polémiques culturelles s’est ralenti et avec lui le bruit médiatique qu’il générait. Il est question de la survie du monde culturel, de ses inventions, de ses réorganisations, de ses solidarités, de ses pertes, de ses manques mais aussi de ses mutations salutaires. Au vrai, les débats ont rejoint un niveau structurel et se sont défaits des personnifications. Voilà ma théorie.

Un monde d’après déjà prêt à se délester de ses idées d’antan 

Toutes les disputes d’avant ont néanmoins porté leurs fruits et ont infusé, sans bruit. L’idée que nous ne sortirions pas de cette crise comme nous y étions entrés, pousse à se concentrer sur de grands enjeux plus que sur des personnes. Ainsi il a été à peine commenté que le jury du prix Renaudot avait enregistré coup sur coup la démission du journaliste Jérôme Garcin, puis de l'écrivain et prix Nobel de littérature Jean-Marie Gustave Le Clézio. Deux membres qui ne pouvaient plus cautionner par leur présence, le prix accordé à Gabriel Matzneff en 2013. La publication dans le New York Times, au début de l’épidémie, d’un deuxième témoignage sur l’écrivain chantre et adepte de la pédophilie ayant conforté cette décision, mais engendré peu de polémiques ou de commentaires. Le monde d’avant cessant de s’offusquer sur la fameuse mise en péril de la liberté des arts, comme s’il était enfin acté dans le cas de Matzneff il n’y avait plus beaucoup à discuter. Enfin à disputer.

Je n’ai pas la naïveté de croire que l’activité et la vie culturelle reprenant pleinement, les débats incendiaires ne reviendront pas. Pourtant il me semble qu’une partie des changements qui pointaient avant la crise, notamment le renouveau, la transparence, la diversité et la parité des institutions culturelles prendront une forme accélérée et finalement sans plus de crispations. Qui peut se prétendre « monde d’après » en restant bornés dans de vieux moules ?

Au fond c’est peut-être le feuilletonnage de ces querelles et de ces clashs qui est voué à s’évanouir. L’énonciation de ces divisions qui pourrait être moins vive. Leur personnification qui serait amenée à s’estomper.

Une chose est sûre, en matière de bruit polémique, il faudrait profiter de ce « silence » pour réfléchir et se refuser à repartir « en avant comme avant ».

par Mathilde Serrell 

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