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Gloria Allred, avocate de trois des plaignantes de l'affaire Weinstein, devant le tribunal après l'annonce du verdict de l'affaire Weinsteimars 2020.)

Le post Weinstein et la fin d'une justice "a priori"

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Cette concrétisation judiciaire pourrait apporter une certaine paix dans les débats en vortex qui secouent actuellement la culture.

Gloria Allred, avocate de trois des plaignantes de l'affaire Weinstein, devant le tribunal après l'annonce du verdict de l'affaire Weinsteimars 2020.)
Gloria Allred, avocate de trois des plaignantes de l'affaire Weinstein, devant le tribunal après l'annonce du verdict de l'affaire Weinsteimars 2020.) Crédits : Jeenah Moon - Getty

Deux ans et demi après le début de la vague MeToo, la promulgation de la peine du producteur Harvey Weinstein envoie un signal fort. C’est un « Time’s up » juridique ». Pour reprendre l’expression lancée par la très influente Oprah Winfrey sonnant le temps révolu des « hommes brutaux » et de leurs abus de pouvoir. 

Jusqu’à la condamnation d’un des producteurs les plus puissants au monde, jusqu’à cette peine de 23 ans de prison pour viol et agression sexuelle, « Time’s up » était un credo mobilisateur et une association de lutte contre le harcèlement sexuel créée à Hollywood dans le sillage de MeToo. Soudain, c’est ce temps révolu de l’impunité qui semble s’incarner. 

Ma théorie c’est que cette concrétisation judiciaire pourrait apporter une certaine paix dans les débats en vortex qui secouent actuellement la culture.

Bien sûr, le principal intéressé, Harvey Weinstein a préféré remettre une pièce dans la machine des émotions et de la peur. S’affichant comme victime du mouvement du Mouvement MeToo et premier martyre d’une nouvelle chasse à l’homme, il a déclaré, et il fallait osé, « j’étais le premier exemple et maintenant il y a des milliers d’hommes accusés (…) je suis inquiet pour ce pays ». 

Qui voudrait alimenter cette fameuse thèse de la « terreur féministe » - avec les conséquences que ça a sur certains individus que ce soit en terme de formulations ou d’actes - ne ferait pas mieux !

Au contraire, la certitude d’avoir été entendu dans le cadre des règles d’un état de droit, relâche la pression sur des formes de substitut judiciaires qui ont pu nourrir cette thèse de la terreur.

Prenons un exemple tout récent, la décision prise par Hachette Etats-Unis de ne pas publier les mémoires de Woody Allen. Décision prise sous la pression de certains employés de la maison d’édition, et de Ronan Farrow. Le journaliste qui a investigué dans la presse sur les agressions de Weinstein, mais aussi frère de Dylan Farrow qui accuse son ex beau père, Woody Allen, d’agression depuis 25 ans.

Erigeant Woody Allen en symbole d’impunité et faisant de cette publication un déni pour toutes les victimes, Ronan Farrow importe les grands enjeux du mouvement MeToo dans le petit théâtre familial. Or Woody Allen n’a jamais été condamné, et le long témoignage publié par son fils adoptif remet en cause les accusations qui le vise. Personne ne peut prétendre connaître la vérité dans cette histoire, mais c’est bien ce système de symbolisation et de condamnation publique, faute de justice, qui montre ses limites. 

Et à ce titre, le fait que la justice ait été rendue après que le silence a été brisé, invite la parole à se libérer sans  avoir recours à un substitut de condamnation. Si le temps de la justice rejoint le temps de transformation de la société, alors pourquoi procéder à une censure par principe de précaution? Un positionnement individuel, des lecteurs et lectrices, spectateurs et spectateurs et spectatrices, citoyens et citoyennes peut suffire. Un positionnement des institutions au cas par cas aussi.

En France, Stock, filiale d’Hachette, compte bien publier les mémoires de Woody Allen, comprenant le contexte américain mais refusant cette entrave « à priori » à la liberté d’expression. Preuve qu’il ne peut y avoir une uniformisation mondialisée à marche forcée sur ces questions.

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