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Y a plus de saison", mantra de la mode post-Covid

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Je repensais dernièrement au livre de Dany Laferrière« Journal d’un écrivain en pyjama » en me disant que si le confinement n’avait peut-être pas fait de ne nous des écrivains (ni même les lecteurs que nous aurions rêvé d’être), il nous avait bien mis en pyjama. C’est déjà la moitié du chemin.

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Vêtements Crédits : Liyao Xie - Getty

Cela n’implique pas un renoncement à toute forme d’élégance, mais plutôt un sevrage des attentes tyranniques de l’extérieur. Aussi la mode demain, à mon avis, ne sera pas celle d’un négligemment généralisé (à l'image des cohortes de chanteurs confinés en t-shirt mou), mais plutôt celle d’un recentrage. Une forme d’intimité et de fidélité retrouvée avec ces objets que sont les vêtements. Voilà ma théorie.

Redéfinition de la mode 

Parmi la multitude de réflexions sur le fameux « après », les enjeux de la mode de demain sont passés assez inaperçus. Mise en pause ou plutôt en ralentissement forcé, le secteur de la mode a continué à exister à travers quelques initiatives solidaires ou encore l’investissement de la culture comme seul espace de communication. Comme le relevait un article du Monde, les marques de luxe ont choisi « le biais culturel ».

Chez Céline ce fut la mise à disposition des films de chevet de son directeur artistique, Hedi Slimane, pour Chanel un concert d’Angèle sur Instagram, des podcasts sur l’art et le féminisme chez Dior, sans oublier des conversations sur le monde d’après initiées par Prada. Une façon de prolonger une présence dans l’absence, tandis que les influenceuses renonçaient aux mises en scène de leur look après avoir reçu des tombereaux d’insultes.

Mais au-delà de cette stratégie de crise, la mode est elle aussi entrée dans une phase de redéfinition. C’est l’idée même de tendances, de saisons, de calendrier du style, qui pourrait progressivement être enterrée.

Moins de “fast fashion”, stop aux saisons : vers une mode durable ?

Tandis que les semaines de défilés sont maintenues à Londres ou à Paris sous forme digitale, la maison Saint Laurent a annoncé qu’elle ne présenterait pas de collections dans le cadre du calendrier officiel 2020 et instaurerait son propre rythme de diffusion. Ce n’est là qu’un signe parmi d’autres qui convergent vers une nouvelle approche. Comme le notait une consultante interrogée par la bible professionnelle « Vogue Busines » : « Cette pandémie a mis en avant le fait que l’idée même d’avoir des saisons était absurde. » Il serait donc temps d’entrer dans une phase sans prédictions, sans tendances, où les créations seraient inspirées par les visions personnelles des designers, et où cesserait le flot de reproduction jetable qui s'ensuit dans les enseignes de « fast fashion » (ou mode rapide en bon français).

La directrice de la semaine des défilés londoniens, Caroline Rush, va dans le même sens, « place à la durabilité et aux produits que vous respectez et chérissez » dit-elle. Marine Serre, prodige de la mode durable, comme d’autres imaginent  aussi très bien cette nécessaire  fin du « jetable ».

Au fond la mode d’après se rangera peut-être enfin à l’avis de Georges Perec, conserver ce qui nous lie spontanément aux choses et entretenir une fidélité aux objets indépendamment des effets de mode, justement.

Vous connaissez l’expression « y’a plus de saison » ? Ce sera le mantra de la mode post-Covid.

par Mathilde Serrell 

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