LE DIRECT
se faire livrer ses courses en 10 minutes, super...mais à quoi ça sert ???

10 minutes, montre en main

4 min
À retrouver dans l'émission

Vous pourrez bientôt vous faire livrer vos courses à domicile en moins de temps qu’il n’en faut pour cuire du riz basmati. C’est super…mais à quoi ça sert ?

se faire livrer ses courses en 10 minutes, super...mais à quoi ça sert ???
se faire livrer ses courses en 10 minutes, super...mais à quoi ça sert ??? Crédits : Flashpop - Getty

Pour lever tout malentendu, je tiens à dire que je n’ai absolument rien contre les courses sur internet et leur livraison à domicile. Mes enfants ayant eu la bonne idée de naitre en même temps que les premiers supermarchés en ligne, c’est-à-dire au début des années 2000, j’ai pleinement profité de ce nouveau service, d’autant plus utile quand on est un jeune parent qu’il n’y a rien de plus lourd qu’un pack d’eau minérale, et rien de plus encombrant qu’un paquet de couches culottes.

A l’époque, ça se passait un peu comme quand vous prenez rendez-vous avec votre généraliste sur Doctolib : pas de créneau disponible le jour-même ni le lendemain, si bien que deux jours après lorsque vous voyez votre médecin, vous avez oublié le motif de la consultation. Et bien avec les courses en ligne, c’était la même chose : plusieurs jours s’écoulaient entre le moment de la commande et celui de la livraison, d’où un effet de surprise à l’arrivée du colis : ‘’ah tiens, j’avais commandé 12 boites de cotons tige ? et du tarama à l’échalote ?’’ Cela avait un certain charme.

Aujourd’hui, terminé. A peine avez-vous appuyé sur le bouton ‘’valider’’ qu’un livreur sonne à votre porte. Votre compte n’a pas eu le temps d’être débité que vos provisions sont déjà arrivées à destination (je parle bien ici de courses, pas de repas tout prêts genre pizzas ou sushis).

C’est ainsi que la start-up Cajoo (avec deux O comme au début d’internet) vient de lancer à Paris un service de livraisons en 15 minutes. J’ai téléchargé l’appli : on peut par exemple y acheter du Saint-Marcellin ou de la terrine de cochon de Normandie et se les faire livrer en un quart d’heure. J’avoue que je ne saisis pas très bien l’intérêt qu’il peut y avoir à se faire livrer du Saint-Marcellin à la vitesse de la lumière sauf à souffrir d’une maladie rare qui vous oblige, en cas de crise, à manger en urgence du fromage sous peine de thrombose ou d’asphyxie.

Mais il faut croire qu’un quart d’heure, c’est encore beaucoup trop long. Un quart d’heure, soit 900 secondes, que de temps perdu ! Heureusement, voici que Gorillas arrive en France.

Gorillas, c’est une société berlinoise qui se présente comme l’acteur le plus rapide de la livraison de courses à domicile : 10 minutes, montre en main. Comme son nom ne l’indique pas, c’est une licorne, c’est-à-dire une start-up valorisée à plus d’1 milliard de dollars, et ce moins d’un an après sa création. Déjà présente en Allemagne, aux Pays-Bas et à Londres, la voici qui débarque en France, avec la promesse de vous livrer en 10 minutes, grâce à ses mini-entrepôts (des darkstores) disséminés en ville. (pour en savoir plus, articles des Echos et de LSA)

Je passe sur le modèle social de ces nouvelles boites mais je m’interroge en tant que consommateur : qu’est-ce qu’on y gagne au fond ? Je ne voyais déjà pas très bien la plus-value consistant à se faire livrer ses courses en 15 minutes plutôt qu’en une heure. Mais se faire livrer en 10 minutes au lieu de 15, quel est l’intérêt ? Gagner 5 minutes ? Mais les gagner sur quoi ? Sommes-nous à ce point obnubilés par l’illusion de l’immédiateté que nous deviendrions sensibles à ce genre d’argument marketing ? A trop vouloir gagner du temps, ne sommes-nous pas en train de le perdre bêtement ?

C’est un peu comme avec les pâtes à cuisson rapide. Prenez des coquillettes classiques : elles cuisent en 7 minutes. Et bien vous pouvez en acheter désormais qui cuisent en 3 minutes. Vous gagnez donc 4 minutes sur le temps de cuisson. Mais vous gagnez quoi : la possibilité de manger 4 minutes plus tôt que prévu ? De rester 4 minutes de plus devant la télé ? ou 4 minutes de plus sur le dossier Duchemol que votre patron vous a demandé de rendre avant-hier ?

J’en reviens à la compétition pour les livraisons de courses à domicile. Le plus absurde dans tout ça, c’est que c’est pendant l’épidémie de Covid et les périodes de confinement que ces start-up ont le plus progressé alors que, coincés à la maison, nous étions censés être un peu moins pressés. On peut donc désormais se faire livrer du fromage et du pâté en moins d’un quart d’heure, bientôt dix minutes, mais il faut toujours deux mois (minimum) pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmo. Nous vivons une époque formidable.

Chroniques

8H51
3 min

Carnet de philo

De l'usage des points de suspension
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......