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réduire la vitesse maximale sur autoroute : une idée qui vaut le coût ?

110 km/h sur autoroute : ça vaut le coût ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Parmi les propositions votées par la Convention citoyenne pour le climat : la baisse de la vitesse maximale autorisée sur autoroute à 110 km/h. Une mesure qui risque de masquer toutes les autres...

réduire la vitesse maximale sur autoroute : une idée qui vaut le coût ?
réduire la vitesse maximale sur autoroute : une idée qui vaut le coût ? Crédits : David Crespo - Getty

Ce n’est pas prendre un risque démesuré que de parier que, parmi les dizaines de propositions votées par la Convention citoyenne pour le climat, c’est la limitation à 110 km/h sur les autoroutes qui va être la plus débattue. Souvenez-vous de ce qui s’était passé avec les 80 km/h. Le problème, c’est que la discussion s’engage sur des bases qui ne permettent pas de réfléchir sereinement à l’intérêt –ou pas- d’une telle mesure.

Notre liberté (rien de moins) serait en jeu. Certains dénoncent même une soviétisation de la société, ce qui témoigne d’une connaissance très approximative de l’histoire de l’URSS. On pourrait leur opposer qu’aux Etats-Unis par exemple, la vitesse maximale dans la plupart des Etats est limitée à 70 miles/heure, soit 113 km/heure, sans que cela en fasse un bastion des dictatures communistes.

On peut aussi mentionner la Norvège, où vous ne pouvez que rarement dépasser les 100 km/heure. Ce qui crée d’abord des démangeaisons au niveau de la pédale d’accélérateur, mais quand tout un pays fonctionne à la même vitesse, vous finissez très vite par vous adapter : c’est un autre rapport au temps, qui n’enlève rien à l’harmonie d’une société ni à sa capacité à se développer.

Plutôt que d’en faire une affaire de principe, il me semble que la question principale à se poser doit plutôt être celle-ci : quel est l’impact du passage d’un registre de vitesse à un autre ? Quels en sont les bénéfices, mais aussi, à l’inverse, quels sont les coûts engendrés ? C’est cette approche ‘coûts bénéfices’ qu’a retenue il y a deux ans le Commissariat général au développement durable (lié au ministère de l’Ecologie). En mars 2018, il publie un rapport d’analyse sur la réduction des vitesses sur le réseau routier. D’où il ressort que, s’agissant des autoroutes, un passage de 130 km/h à 110 km/h coûterait davantage qu’il ne rapporterait.

Pour en arriver là, les auteurs du rapport ont mesuré les différents impacts d’une réduction de 20 km/h de la vitesse maximale autorisée. Principal bénéfice : la baisse de l’accidentalité, donc du nombre de morts et de blessés. Mais aussi : une moindre consommation de carburant, ce qui allège la facture énergétique ; moins de pollution atmosphérique (c’est bon pour la santé) ; moins d’émissions de gaz à effet de serre, jusqu’à 20% pour l’oxyde d’azote selon l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie) ce qui atténue le réchauffement climatique.

Du côté des coûts, il y a essentiellement la perte de temps et son impact sur l’activité économique, étant entendu que ‘’le temps, c’est de l’argent’’. Or d’après les auteurs du rapport, il apparait que l’abaissement de 20 km/h de la vitesse maximale autorisée sur autoroute aurait, au final, un bilan socio-économique négatif, de l’ordre de 550 millions d’euros.

Pour aboutir à ce résultat et comparer des variables qui ne sont pas comparables, une valeur monétaire leur a été attribuée. Je vous épargne le détail. Mais cela signifie qu’un prix a été donné pour chaque mort évité, pour chaque litre de carburant économisé et pour chaque heure perdue : pas le même prix, évidemment (et heureusement) mais à l’arrivée, l’addition donne le résultat suivant : - 550 millions d’euros.

Cette approche a un mérite : elle permet une évaluation à partir de calculs mathématiques, ce sont les chiffres qui parlent, pas les passions. Mais elle pose un problème : les résultats dépendent de la valeur que vous allez attribuer à chaque variable. Par ailleurs, donner un prix à une vie humaine pose un problème moral.

Finalement, c’est peut-être sur le terrain du calcul politique que se trouve la réponse au fait de savoir si la baisse de la vitesse sur les autoroutes vaut le coût. Le sujet est on ne peut plus clivant, la proposition n’a d’ailleurs été adoptée qu’à 60% par la Convention climat. Or la focalisation médiatique sur les 110 km/heure mettrait en péril tout l’édifice de propositions patiemment construit par les citoyens. Limiter la vitesse sur les autoroutes risque de limiter la portée du travail de la Convention : au regard des 148 autres propositions qui ont été formulées, ce serait un vrai gâchis.

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