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12 jours, c'est court en démocratie, mais avec Trump, c'est long, très long

12 jours avec Trump

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La période de transition aux Etats-Unis est fixée par la Constitution. Elle dure 11 semaines. Une garantie démocratique ou un risque d'affaiblissement ?

12 jours, c'est court en démocratie, mais avec Trump, c'est long, très long
12 jours, c'est court en démocratie, mais avec Trump, c'est long, très long Crédits : David Hume Kennerly - Getty

A Donald Trump, qui promettait hier une ‘transition ordonnée’ quelques heures après l’envahissement du Congrès à Washington par ses partisans, on est tenté de dire que ‘’transition bien ordonnée commence par soi-même’’, et qu’en la matière, le 45e président des Etats-Unis se moque un peu du monde. Depuis le scrutin présidentiel du 3 novembre, rien ne se passe comme prévu, prévu si ce n’est par les institutions, du moins par la pratique qui suppose un respect du jeu démocratique.

Vue de France, cette période de transition entre le sortant et son successeur parait anormalement longue : 11 semaines, quand une dizaine de jours seulement sépare le second tour de la présidentielle française de l’investiture du vainqueur. Mais il est vrai que la Ve République ignore la tradition du ‘spoil system’, selon laquelle tout nouveau président américain renouvelle de fond en comble la haute administration, ce qui prend du temps, surtout lorsqu’il y a alternance entre Républicains et Démocrates, ou inversement. Et encore ces 11 semaines, fixées par la Constitution, peuvent sembler bien courtes, comparées aux 4 mois qui étaient nécessaires jusqu’en 1933, à cause de la lenteur des transports.

La juriste Anne Deysine, spécialiste du système juridique des Etats-Unis, me racontait hier au qu’après la victoire de George W Bush en 2000, des membres de l’administration Clinton avaient mis à profit la période de transition pour enlever les touches W des claviers d’ordinateurs. Vengeance mesquine, mais sans conséquence pour la démocratie. Le même W Bush fut d’ailleurs à l’origine de deux décrets, visant à améliorer la coopération entre les équipes des présidents sortant et nouvellement élu, afin de faciliter le tuilage.

L’idée que le pouvoir ne se transmet pas d’un simple claquement de doigt est une des caractéristiques des régimes démocratiques. Et de leur fonctionnement. Ils tirent leur légitimité du vote. Quant à la délibération, elle est au cœur du système et demande du temps, que ce soit sous sa forme représentative ou plus directe.

Les régimes autoritaires, eux, ne s’embarrassent pas de telles procédures. Les décisions se prennent à la vitesse de la 5G : exécution immédiate, sans passer par la case Parlement. Quant aux coups d’Etat, ils sont, par nature, expéditifs : vous ne laissez pas le loisir à l’équipe sortante de ranger ses affaires et de transmettre les dossiers en bonne et due forme.

On remarquera que le rapport au temps s’inverse à nouveau lorsque l’on passe d’un régime autoritaire à un régime démocratique. Les révolutions arabes, il y a 10 ans, ont pu donner l’illusion d’une transition quasi-immédiate entre le règne de l’arbitraire et l’avènement de l’état de droit. 10 ans après, on ne peut que constater à quel point les changements sont difficiles et longs à mettre en place. La démocratie ne se décrète pas.

Mais que se passe-t-il quand celle-ci donne des armes, légales, à ceux qui la combattent, ou du moins la fragilisent ? Cette question n’est pas inédite, mais qui aurait imaginé qu’elle se poserait à la faveur d’une transition politique aux Etats-Unis, dont les règles paraissent bien fragiles et la durée bien trop importante (même si elle ne fait pas l’objet aujourd’hui d’un véritable débat) ? Qui aurait imaginé ce qui s'est passé mercredi au Capitole ?

Il reste 12 jours à Donald Trump pour présider aux destinées de la première puissance mondiale et passer le relai à Joe Biden. 12 jours, cela en fait des heures, et elles vont sembler interminables, eu égard à l’imprévisibilité du sortant. Il y a des moments où on aimerait que la démocratie aille beaucoup plus vite, et que certaines transitions soient beaucoup moins longues.

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