LE DIRECT
1972 : une année riche pour la prise de conscience environnementale (et pour le papier-peint ?)

1972, l'année de tous les possibles

3 min
À retrouver dans l'émission

Au début des années 70, la prise de conscience écologique est forte dans le monde. L'année 1972 en est un des plus importants marqueurs.

1972 : une année riche pour la prise de conscience environnementale (et pour le papier-peint ?)
1972 : une année riche pour la prise de conscience environnementale (et pour le papier-peint ?) Crédits : kelvinjay - Getty

L’INA a mis en ligne il y a quelques jours une vidéo de Louis de Funès. On y voit le comédien, dans son potager, vanter les mérites de la culture biologique, à laquelle il s’est récemment converti. ‘’Comme beaucoup de Français’’ explique-t-il, ‘’je cultive tout mon jardin, tout mon verger, en culture biologique’’, ‘’pour n’importe quelle surface, ça revient beaucoup moins cher que les produits chimiques’’.

Ce qui m’a frappé dans cette vidéo, c’est la date à laquelle elle a été enregistrée : en 1972. Il y a presque un demi-siècle ! J’ignore si, comme le prétendait de Funès, cette appétence pour le bio était alors à ce point partagée, mais il est un fait indéniable qu’il s’est passé quelque chose cette année-là, à propos de la prise de conscience environnementale.

Au cours de la saison radiophonique, j’ai croisé l’année 72 à de nombreuses reprises au fil de mes lectures. C’est en 1972 qu’est publié le rapport Meadows sur les limites à la croissance : ‘’The limits to growth’’. Ses auteurs mettent en garde contre les dangers, pour l’environnement et les ressources naturelles, de la croissance économique et démographique. Ce document sert encore aujourd’hui de référence pour penser les limites planétaires, et pas seulement du côté des décroissants.

C’est encore en 1972 qu’a lieu, à Stockholm, le tout premier Sommet de la Terre, une conférence organisé par les Nations Unies tous les 10 ans, pour discuter des grands objectifs de ce qu’on appellera ensuite le ‘développement durable’. Ce Sommet va fixer la date de la Journée mondiale de l’environnement au 5 juin : elle a lieu chaque année. C’est aussi dans sa foulée qu’est créé, le 15 décembre 1972, le Programme des Nations unies pour l’environnement, la principale autorité mondiale sur le sujet.

On parle à nouveau beaucoup de l’écocide ces jours-ci, depuis que la Convention citoyenne pour le climat a décidé de l’inscrire dans ses propositions, et de suggérer d’en faire une des questions soumises à référendum. L’écocide vise à criminaliser les atteintes graves à l’environnement. Cette innovation juridique s’inscrit dans le sillage de la réflexion pour faire de la biodiversité un sujet de droit. Une réflexion initiée par le juriste américain Christopher Stone dans son livre ‘’Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ?’’, publié en…1972 !

On pourrait sans doute trouver d’autres exemples, à travers l’histoire environnementale, de l’importance qu’a revêtue cette année dans la prise de conscience écologique. L’histoire environnementale ? Une discipline assez récente. D’après un article de la Revue d’histoire contemporaine, elle naît avec la parution d’un numéro spécial de la Pacific Historical Review, article publié, je vous le donne en mille : en 1972.

Ce qui est troublant, avec le recul, c’est de voir à quel point la plupart des éléments du puzzle étaient en place à ce moment-là pour penser un autre rapport à la nature. Il n’était pas encore question de réchauffement climatique, mais l’écologie et les interrogations qu’elle suscite étaient bien présentes, et pas seulement à travers quelques militants du Larzac. Rappelons par exemple que quelques mois plus tôt, la France se dotait de son tout premier ministre de l’Environnement, en la personne de Robert Poujade.

Que s’est-il passé ensuite pour que ces questions essentielles soient reléguées au second plan ? Dans quel trou noir est tombé l’environnement ?

En 1973, le monde vivait son premier choc pétrolier, ouvrant un nouveau cycle de crises économiques. Le deuxième allait intervenir à la fin de la décennie, la même année que la révolution islamique en Iran et que la révolution libérale en Occident, avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, bientôt suivie par Ronald Reagan. Les années 80 achevèrent cette entreprise de lobotomisation des promesses de l’année 1972. Le réveil, lui, n’en parait que plus tardif.

Chroniques

8H54
3 min

La Théorie

L'offensive de la contre-culture pop

Bibliographie

L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......