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comment te dire adieu ?

2040, c'est demain !

4 min
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Retour sur la décision française de supprimer les plastiques à usage unique d’ici 2040 et les réactions qu’elle suscite

comment te dire adieu ?
comment te dire adieu ? Crédits : Emma Farrer - Getty

Assurément, Pierre Niney est un bon acteur, sans quoi il n’aurait pas obtenu de César, ni réussi à intégrer la troupe de la Comédie Française. Je l’ai bien aimé dans ‘Balance ton quoi’’, le clip d’Angèle. Mais dans le registre Greta Thunberg je le trouve beaucoup moins convaincant. 

Revenons quelques heures en arrière. Les députés ont adopté mardi 10 décembre un amendement à la loi anti-gaspillage qui prévoit l’interdiction de mise sur le marché de tout emballage plastique d’ici 2040. Sur Twitter, Pierre Niney, outré, réagit. Il interpelle Brune Poirson, la secrétaire d’Etat à l’écologie, qui lui répond dans une courte vidéo. Echange viral.

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Le comédien n’est pas le seul à s’indigner d’une décision qui renvoie, à dans plus de 20 ans, la mise hors circulation des emballages plastiques. D’autres que lui, sur les réseaux sociaux, s’offusquent à l’identique : ‘’C’est dans 20 ans ! DANS 20 ANS !!’’ 

Passons sur le fait que le lien établi par certains entre la pollution liée au plastique et l’urgence climatique n’est pas évident. Ce sont les émissions de gaz à effet de serre qui sont responsables du réchauffement, pas les bouteilles d’eau minérale, et rien ne dit que les produits qui se substitueront au plastique en produiront moins.

L’indignation qui s’exprime est, à n’en pas douter, mue par de bonnes intentions, une vraie inquiétude face à la dégradation de l’environnement. Mais ces réactions épidermiques, pour sincères qu’elles soient, ne sont pas forcément pertinentes. Elles illustrent une forme de tyrannie des émotions, qui empêche de saisir la complexité d’un sujet et confond l’urgence avec l’immédiateté.

De quoi s’agit-il dans cet amendement (dont on n’est même pas sûr au passage qu’il sera définitivement adopté) ? De faire en sorte qu’à partir de 2040, plus aucun emballage en plastique ne soit mis en circulation. Pour reprendre les exemples évoqués par Brune Poirson dans sa réponse à Pierre Niney, cela concerne aussi bien les tubes de dentifrice que les flacons de javel ou les films étirables. 

On pourrait étirer les exemples à l’infini tant le plastique nous a colonisés. Le chasser de notre quotidien ne peut pas se faire d’un claquement de doigts. On peut le déplorer, mais on ne peut pas donner tort à Brune Poirson lorsqu’elle explique que ce retrait ne peut se faire que de manière progressive. Le temps pour les fabricants de s’adapter, et par la même occasion, pour nous, d’en faire autant.

La paradoxe du mug et de la touillette

Dans son livre ‘’Le bonheur était pour demain’’, l’ingénieur Philippe Bihouix parle de l’effet de parc installé, pour expliquer pourquoi notre système industriel ne se modifie que lentement, parce qu’il repose sur ‘’des paramètres physiques très lents à faire bouger, parfois immuables à l’échelle de quelques décennies’’. Avec les réserves d’usage, on pourrait faire le parallèle avec notre civilisation du plastique : la nécessaire substitution va se heurter à l’inertie du système.

Prenons un exemple tout bête : la touillette en plastique. A France Culture, à l’étage où je travaille, la machine à café reconnait désormais les mugs, et s’abstient donc de délivrer des gobelets. Mais la touillette plastique, elle, tombe invariablement, alors que je ne prends pas de sucre dans mon café. La loi prévoit pourtant leur disparition au 1er janvier 2020. Est-ce si difficile de les remplacer par des touillettes en bois ? Voire de les supprimer si ma boisson n’est pas sucrée ? Apparemment oui.

Je reviens à 2040. Plutôt que s’indigner d’un délai jugé trop long (ce dont personnellement, je ne suis pas en mesure de juger : les ONG disent que c’est trop, les industriels que ça n’est pas assez), mieux vaudrait s’interroger sur la façon dont cet objectif, l’éradication des emballages plastique à usage unique, va être atteint. Avec quels moyens ? Quels produits de substitution ? Selon quel calendrier ?

Par ailleurs, est-il cohérent de vouloir supprimer ces emballages tout en valorisant la filière du recyclage, qui conduit, elle, à maintenir le plastique dans le circuit plutôt que de l’en écarter ? Et là, il y a, en effet, de quoi s’interroger non pas sur l’échéance trop lointaine du projet, mais sur sa faisabilité. 2040 n’est pas si loin. 2040, c’est demain !

par Hervé Gardette

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